D’OLIVET.
» comme les traducteurs savent que le public n’attache qu’une» gloire médiocre à leur travail, aussi sont-ils sujets à ne faire» que des efforts médiocres pour réussir. « C’est aux connais-seurs à juger si l’abbé d’Olivet a mieux fait parler Cicéron qu’unautre académicien dont il fait mention dans son histoire, lejanséniste Dubois , qui, ayant traduit plusieurs ouvrages de cegrand orateur , et quelques uns de S. Augustin , avait faitcroire à quelques uns de ses lecteurs que l’auteur de la Cité deDieu et celui des Offices se ressemblaient absolument par lamanière d’écrire (5).
En s’occupant à mettre en français les ouvrages philosophiquesde Cicéron , l’abbé d’Olivet avait eu occasion de faire quelquesrecherches sur la philosophie ancienne ; le résultat de ces re-cherches est imprimé à la suite de sa traduction de la Naturedes Dieux, sous le titre de Théologie des philosophes. C’était àpeu près à cette théologie ancienne que se bornaient ses con-naissances philosophiques ; elles ne s’étendaient pas jusqu’à laphilosophie moderne , qu’il avait même l’injustice de mépriserau fond de son coeur , quoiqu’il ne pût s’en dissimuler les pro-grès journaliers, et que ces progrès lui donnassent même quel-quefois une humeur secrète dont il ne s’apercevait pas. Pleind’admiration pour les anciens, il trouvait dans leur philosophiejusqu’aux vérités les plus sublimes, dont ils étaient si loind’avoir une idée confuse.
L’admirateur passionné et le traducteur infatigable de Cicé-ron ne sè contenta pas d’enrichir notre langue , autant qu’ilétait en lui, des productions de ce grand homme qui lui enparurent les plus dignes ; il entreprit de donner une éditioncomplète de tous ses ouvrages avec le texte le plus pur , et avecdes remarques, où , sans rien mettre de superflu, il n’omettraitaussi rien d’utile. Il se livra avec ardeur à ce grand travail du-rant plusieurs années, et il eut la satisfaction de jouir du fruitde ses veilles par le succès avec lequel son édition fut accueilliede tous les savans de l’Europe. En effet, elle ne laisse rien àdésirer pour la correction du texte, pour la netteté , la précision ,le savoir et le goût qui brillent dans les remarques , et pour labeauté même de l’exécution typographique. La plupart deséditeurs et commentateurs promettent beaucoup, tiennent peu tl’abbé d’Olivet, dans son Cicéron, donne beaucoup sans le pro-mettre. 11 n’y a pas une note de lui , mais toutes sont des meil-leurs commentateurs, et chacune est appuyée d’un nom illustre.Ainsi le goût de l’éditeur paraît également et dans le choix desrichesses qu’il a empruntées d’ailleurs, et dans celles qui lui ap-partiennent, entre autres, dam une préface savante , judicieuse