D’OLIVET. 631
justesse de ses remarques, et sur la sincérité de son admirationpour Racine, dédaigna de répondre aux critiques de l’abbé Des-l’onlaines ; il fit seulement quelques observations légères sur cetAristarque , dans une lettre qu’il adressa au président Boubier.
Il y avoue à son illustre ami combien il est étonné de l’achar-nement du moderne Zoïle , avec lequel il n’avait cependantaucune espèce de concurrence : Car je ne suis occupé , dit-il,qu’à faire honneur aux morts , et lui à déchirer les vivons.11 ajoute , après avoir caractérisé , avec autant de vérité qued’énergie , la partialité , la passion et les bévues fréquentes ducritique, qu’occupé depuis tant d’années à nous faire le portraitd’un millier d’auteurs, l’abbé Desfontaines téa jamais fait quele sien. L’abbé d’Olivet rappelait à cette occasion la sottise naïvede ce même compilateur d’invectives hebdomadaires qui, em-barrassé des reproches que lui faisait un homme en place sur levil métier qu’il exerçait, lui dit tranquillement : Il faut que jevive ; et eu reçut cette courte réponse : Je n'en vois pas la né-cessité. Ex-jésuite, ainsi que l’abbé d’Olivet, il se piquait,disait-il, de beaucoup d’estime et d’amitié pour lui malgré leurquerelle, et lui aurait dit volontiers, comme il avait fait dansune autre occasion à un homme qui se croyait son ami, et dontil avait déchiré l’ouvrage : Alger mourrait de faim , s’il vivaiten paix avec tout le monde. Il osa dédier à l’Académie Fran-çaise , sans l’en avoir prévenue, son Racine vengé, en protestant,comme le font toujours ses pareils, de la pureté de ses intentionset de son zèle pour les lettres, et surtout, ce qui donnait à cetteprotestation un grand air de vérité, en désavouant quelques sa-tires grossières qu’il avait faites contre l’Académie, et dont il eûtété bien fâché qu’on ne le crût pas l’auteur. « Vous êtes, mes-» sieurs, dit-il, les arbitres de la langue; plût à Dieu, ajoute->• t-il par un rébus ingénieux , que vous le fussiez aussi de la» langue prise dans un autre sens, c’est-à-dire, que vous fussiez» les juges de tous les traits que la malignité ou la prévention» sèment contre la réputation des gens de lettres. » L’Académie,sans que l’abbé d’Olivet l’en sollicitât, déclara qu’elle se tenaitd’autant plus offensée de cette dédicace faite sans son aveu ,que si l’auteur lui en avait demandé la permission, elle la luiaurait refusée ; et elle ne fit pas plus d’attention à l’apologiedu satirique , que les magistrats n’en font aux complaintes deces criminels, dont la réponse aux preuves qui les condamnent,est qu’ils ont le malheur d’avoir des ennemis. Tel était l’anta-goniste à qui l’abbé d’Olivet avait à faire. Nous rapportons cesdifiérens traits, non-seulement parce qu’ils sont la peinture fi-dèle du satirique dont il s’agit, mais parce que nous avons plus