D’OLIVET. 633
de ce grand poète, que comme son ennemi secret et son com-mentateur perfide.
Il ne borna pas ses travaux académiques aux deux ouvragessur la prosodie et sur Racine ; il entreprit d’écrire l’histoire decette compagnie, dont Pélisson n’avait fait qu’environ vingtannées, et il la continua jusqu’au commencement de notresiècle. L’ouvrage de Pélisson avait conservé long-temps une ré-putation dont il n’était pas tout-à-fait digne. L’abbé d’Olivet,dans sa continuation , feint de ne succéder qu’en tremblant à untel prédécesseur ; mais s’il était décent qu’il parût effrayé de sonmodèle, au fond il ne devait pas le redouter beaucoup ; sa conti-nuation de Y Histoire de VAcadémie , éloge rare dans un conti-nuateur , soutient le parallèlle avec avantage ; elle est d’ailleursrecommandable par la fidélité des recherches, et par plusieursfaits intéressons pour la compagnie , que l’auteur y a conserves.On y désirait un peu plus de noblesse et d’aménité dans le style.L’austérité du goût dont l’historien faisait profession , les leçonsqu’il avait reçues de Despréaux , la lecture des anciens dont ilétait rempli, lui avaient inspiré un juste éloignement pour l’af-fectation et l’enflure ; mais peut-être a-t-il donné dans l’écueilcontraire, en cherchant la simplicité jusqu’à l’excès; peut-êtretombe-t-il quelquefois dans le style bourgeois et familier, envoulant éviter le style guindé et précieux. Cette critique, laseule qu’on puisse faire de cet ouvrage , ne fut pourtant pas cellequ’on en fit. On accusa l’auteur d’avoir été l’apologiste de Cotin :il ne faut que lire l’article de cet académicien infortuné, pourvoir à quel point le reproche est injuste ; l’abbé d’Olivet n’a eugarde de défendre les vers de Cotin : il passe condamnation detrès-bonne grâce sur ces productions malheureuses ; mais il a crune devoir pas refuser, à d’autres égards , de modestes éloges àcet écrivain , qui aurait pu tenir quelque rang dans les lettres ,s’il n’avait pas vonlu être poète malgré la nature. Cependant leprétendu apologiste de Cotin fut l’objet de quelques épigrammes,aujourd’hui entièrement oubliées , comme toutes celles qui joi-gnent au malheur d’être méchantes , la maladresse d’être mau-vaises. Une de ces épigrammes fut attribuée au fameux Jean-Raptiste Rousseau, soi-disant ami de l’abbé d’Olivel, à quimême il avait des obligations ; mais le poète était bien capabled’avoir oublié en celte occasion son bienfaiteur , et n’avait déjàque trop annoncé par des satires de celle espèce , ce qu’on pou-vait attendre de lui : il se défendit pourtant bien ou mal d’avoirfait à son ami celte galanterie poétique, et l'offensé voulut bienle croire.
On aurait un peu plus de peine à disculper entièrement l’abbé