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Tome troisième.
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travaille beaucoup plus que ses sots ennemis ne le pensent ou nele disent, mais c’est la seule Académie qui travaille en corps :les mémoires des autres sociétés savantes ne sont que le travailisolé de chacun des membres qui les composent; le Dictionnairede l’Académie Française , et les améliorations considérablesqu’elle y ajoute à chaque édition , sont l’ouvrage de la compa-gnie assemblée , et le résultat d’une discussion commune , oùchacun de nous apporte en tribut ses connaissances et ses lu-mières ; discussion qui donne à cet ouvrage , sinon toute la per-fection dont il est susceptible, au moins toute celle qu’il peutrecevoir d’une compagnie prise en corps '.

Si l’abbé d’Olivet n’aimait pas tous ses confrères, s’il oubliaitquelquefois dans nos conversations littéraires qu’ils étaient seségaux et non ses disciples , s’il allait jusqu’à laisser voir à quel-ques uns d’eux le peu d’attrait qu’ils avaient pour lui, il a jusqu’àla fin de ses jours constamment et presque tendrement aimél’Académie. Il a même laissé un monument touchant de sessen-timens pour elle , en lui adressant, une année avant sa mort,la dernière édition de ses Opuscules sur la langue française.« Puis-je me flatter , dit-il à ses confrères, qu’un jour l’examen» de ces remarques vous dérobera, quelques instans ? Ajoutez,» retranchez, corrigez. Je prévois que vous aurez souvent à dire :« Il s’est trompé ; mais dites quelquefois , je vous prie : Il nous» aimait, il nous respectait. »

Avec un extérieur peu attirant, et presque fait pour repousserceux qui n’y étaient pas aguerris , l’abbé d’Olivet portait au fonddu cœur une envie d’obliger sincère et active, que plusieursgens de lettres ont éprouvée. Comme sa réputation , ses travauxet son âge lui avaient mérité la confiance publique, un grandnombre de pères de famille et de principaux de collège s’adres-saient à lui pour recevoir de sa main des sujets propres à l’édu-cation de la jeunesse; il en plaça beaucoup, et même en tropgrand nombre , comme il ne craignait point de l’avouer ; car ilse plaignait d’avoir été souvent trompé dans son choix, malgréle soin scrupuleux qu’il apportait pour ne pas l’être. Il aurait puse plaindre aussi souvent, et avec encore plus de justice, d’unautre malheur dont il ne parlait que très-rarement, celui d’avoirfréquemment éprouvé l’ingratitude, récompense ordinaire desbienfaiteurs. Il faisait des mécontens de ceux qu’il ne croyaitpas dignes de sa recommandation , et avait trouvé peu de recon-naissance dans la plupart de ceux qu’il avait obligés ; aussi pou-vait-il dire avec Cicéron , son auteur favori, en parlant des bien-faits et de ceux à qui on les accorde ou on les refuse : Cui placet' oyez, sur le Dictionnaire de l’Académie, l’article de l’abbé Hegnier.