D’OLIVET. 63 7
obliviscilur , qui dolet meminit { Celui qu’on oblige l’oublie, celuiqu’on néglige s’en souvient). L’abbé d’OIivet s’est expliqué plusd’une fois à nous-mêmes avec confiance sur tel homme de lettresqui lui était redevable de sa petite fortune et ne paraissait pass’en souvenir. Il parlait un jour de quelqu’un de ses confrèresà qui il avait rendu les plus grands services, et qui , se piquantde procédés au défaut de sentimens, lui témoignait une recon-naissance dont la fausseté perçait à travers les efforts qu’il faisaitpour l’en convaincre : Ma mort , disait-il , lui tirera une grandeépine du pied.
Il se dédommageait de ces petits chagrins, auxquels une âmebienfaisante , honnête et vraie, doit toujours s’attendre, parl’amitié constante et inaltérable que lui ont conservée jusqu’à lafin un grand nombre d’hommes célèbres dans les lettres ; parmices hommes estimables, on doit compter surtout le présidentBouhier et le P. Oudin , jésuite , qui joignaient l’un et l’autre àla plus immense érudition, les agrémens de la littérature, etcette délicatesse de goût qui ne se trouve pas toujours jointe avecle savoir (i i). De pareils amis , aussi recommandables d’ailleurspar leur sagesse et par leur probité que par leurs connaissancesetleurs ouvrages, suffiraient pour prouvercombien l’abbé d’OIivetétait digne et capable d’amitié , et doivent rendre sa mémoirerespectable aux lettres. Ces liaisons si constantes et si louables -,la tendresse de l’abbé d’OIivet pour sa famille , le soin qu’il pre-nait de ses neveux , au soutien et à l’avancement desquels ilsacrifiait la plus grande partie de son patrimoine , justifienthautement notre académicien du reproche que lui a fait l’injustemalignité de ses ennemis, en disant de lui dans .une espèced’épigramme :
Jamais il n’aima personne,
Personne aussi ne l’aima.
Si quelques gens de lettres qui lui avaient des obligations onteu le malheur de les oublier, il en est aussi qui ont fait gloirede leur reconnaissance pour lui, et dont l’amitié inaltérable adignement payé leur bienfaiteur. Nous ne citerons que Voltaire,dont le nom nous dispense d’en joindre ici d’autres. L’abbéd’OIivet avait dirigé au collège des jésuites les premières étudesde cet écrivain célèbre ; il avait vu et cultivé le germe de cegénie naissant, qui devait un jour faire tant d’honneur à sapatrie, aux lettres et à ses maîtres. L’illustre élève et son digneinstituteur conservèrent fidèlement l’un pour l’autre une estimeet un attachement qui fait honneur à tous deux. Voltaire parleavec attendrissement de cette liaison si intime et si ancienne ,