638 ÉLOGE
dans son discours de re'ception à l’Académie Française. Il y rem-plaçait le président Bouliier , et il était reçu par l’abbé d’Olivet,ami du savant académicien qu’on venait de perdre. « Il a au-» jourd’hui, dit Voltaire en parlant de l’abbé d’Olivet, un ami» à regretter et à célébrer, un ami à recevoir et à encourager.» Il peut vous dire , messieurs, avec plus d’éloquence , mais non» avec pkis de sensibilité que moi , quels charmes l’amitié» répand sur les travaux des hommes consacrés aux lettres ;» combien elle sert à les conduire, à les corriger, à les exciter,» à les consoler; combien elle inspire à l’àme cette joie douce» et recueillie, sans laquelle on n’est jamais le maître de ses» idées (12). »
Quoique l’abbé d’Olivet fût parvenu à l’âge de quatre-vingt-six ans, la force de sa constitution et le régime qu’il observaitsemblaient lui promettre encore quelques années de vie , lors-qu’en sortant d’une de nos assemblées, il fut tout à coup frappéde l’apoplexie qui nous l’enleva peu de jours après, le 8 oc-tobre 1768. Il vit approcher à pas lents , sans impatience commesans crainte, et avec la tranquillité la plus philosophique, cetinstant qu’il 11’avait jamais redouté , mais qu’il avait depuislong-temps prévu. Il faisait dans ses derniers moinens des ré-flexions aussi sages qu’intéressantes sur cette chimère qu’onappelle renommée , et dont tant d’écrivains sont si avides, maisqu’il avait envisagée pendant tout le cours de sa vie sous le vraipoint de vue qu’elle doit présenter à un sage, comme un avan-tage léger et périssable, dont il faut savoir jouir quand on lepossède , et savoir se passer quand on en est privé ; il la comparaità celte fortune aveugle qui préside au jeu, et qu’il faut remer-cier quand elle est favorable , sans la délier quand elle se retire;et il eût pu dire de cette gloire si passagère et si enviée, ce quedit des autres biens périssables ce mêmeCicéron,qu’on ne peut trop
citer dans son éloge : Caduca setnper et mobilia hœc esse duxi _
Quorum ego non tnmfacultalem unquam et copiant expetendamputavi , quùm et in utendo rationem et in carendo palientiam(Ces biens m’ont toujours paru fragiles et fugitifs , et j’ai pensétoute ma vie qu’on devait moins en désirer la possession et l’a-bondance, que savoir en régler l’usage et en supporter la pri-vation) (i3).