D’OLIVET. 643
» mon toilr où elle avait donc trouvé cette prétendue conformité ? Est-» ce, ajoutai-je, dans le choix ou dans l’arrangement des mots ? est-ce», dans le tour des pensées? C’est, me dit-elle , dans M. Dubois. J’y» trouve que S. Augustin et Cicéron étaient, l'un comme l’autre, deux» grands faiseurs de phrases, qui disaient tout sur le même ton. Rien,
» peut-être , ne fait mieux sentir de quelle importance il est, pour bien» traduire , d’entrer dans l’esprit de son auteur, qu’on parvienne à ne» faire qu’un avec lui. » Malheureusement cela est plus facile à direqu’à faire , et peut-être l’abbé d’Olivet en est-il un exemple.
M. de La Monnaye, dans son discours de réception à l’Académie Fran-çaise , prétend que, comme il est plus aisé à la nature de faire un beauvisage, qu’il ne l’est à l’art d’en attraper la ressemblance, il estplusfacile de bien composer que âe bien traduire. Il se peut , il est mêmevraisemblable, qu’un homme de talent et de génie produise avec plusde facilité , qu’un traducteur ne copiera son modèle ; mais le genre quiproduit restera toujours aussi supérieur au copiste qui ne fait qu’imiter,que la nature est au-dessus de l’art.
( 6 ) Nous avons dit que la traduction de la Nature des Dieux était lepremier ouvrage que l’abbé d’Olivet eût fait paraître sous son nom. Cen’était pas en effet le premier dont le public lui fût redevable. Il avaitété l’éditeur et le réviseur de quelques traductions de M. de Maucroix ,et les corrections qu’il y avait faites étaient si nombreuses , que ces tra-ductions pouvaient être regardées comme son ouvrage. Mais il crut de-voir sacrifier cette petite gloire à la mémoire de son ami, et à la re-connaissance qu’il lui devait ; car M. de Maucroix , homme de beaucoupde savoir et de goût, avait, ainsi que Despréaux , éclairé et guidé lejeune littérateur dans ses premières études. M. de Maucroix était cha-noine de Reims , et intime ami du bon La Fontaine. Quoique profondlittérateur, il s’amusait quelquefois par délassement à faire de petitsvers français assez gais, dans le genre de son ami, et n’y réussissaitpas mal pour un savant, pour un prêtre et pour un chanoine. Voici ,par exemple, un couplet qui fit grande fortune , sur la mort d’unejeune personne ;
La fille qui cause nos pleursEst morte des pâles couleursAu plus bel âge de sa vie.
Pauvre fille, que je te plainsDe mourir d’une maladieDont il est tant de médecins !
( 7 ) Dans l’ouvrage de l’abbé d’Olivet sur la prosodie , perfectionnésuivant le plan que nous venons de tracer, on présenterait, avec toutle détail et toute l’exactitude possible , ce que l’auteur a déjà presqueaussi bien développé qu’il le pouvait faire dans un premier essai, laquantité considérable de longues et de brèves réelles que nous avonsdans notre langue ; vérité dont on peut s’assurer d’ailleurs sans avoir