Band 
Tome troisième.
Seite
644
JPEG-Download
 

644 NOTES SUR L’ÉLOGE

recours au traité de l'abbé d’Olivet, et par un moyen facile qu'il n'apas indiqué. 11 suffira , pour cet effet, d’essayer de faire une chansonsur un air connu ; car si on n’apporte pas la plus grande attention auchoix des syllabes, on trouvera presque à chaque instant la prononcia-tion sensiblement estropiée dans cette prosodie. La différence peut-êtrela plus marquée entre la prosodie de la langue française et celle deslangues grecque et latine , différence que l’abbé d’Olivet parait n’avoirpas assez connue, c’est la quantité de syllabes communes que ren-ferme la première, c’est-à-dire, de syllabes qui, n’étant proprement nilongues , ni brèves , peuvent être faites, dans la prononciation , longuesou brèves à volonté. C'est ce qu’on aperçoit surtout dans les parolesmises en chant, où un très-grand nombre de syllabes , de celles mêmequ’on serait porté à croire essentiellement brèves, comportent indiffé-remment , et sans choquer l’oreille,- des longues ou des brèves dans lamusique. Ces syllabes sont par là essentiellement distinguées de cellesqu’on peut appeler longues ou brèves à'obligation, c’est-à-dire , quidoivent être nécessairement longues ou brèves , soit dans le discours ,soit dans la musique même, quoique les compositeurs se permettent quel-quefois de les dénaturer, au grand désavantage de leur musique. Uneautre différence de notre langue et des langues anciennes , que l’auteurdu Traité de la Prosodie aurait encore pu remarquer, consiste dansles accens, qui, ainsi que la quantité , ne sont pas, à beaucoup près,aussi déterminés qu’ils l’étaient chez les Grecs. Chez eux , l’accentservait à hausser ou à baisser la syllabe ; chez nous , il sert moins à lahausser ou à la baisser , qu’à renfler ou affaiblir le son. C’est une re-marque que n’ont pas assez faite ceux qui ont traité cette matière, etl'abbé d’Olivet lui-même ; la plupart de ces écrivains , peu versés dansla musique , confondent un son fort ou faible , plein ou ramolli, avecun son grave ou aigu , ce qui est néanmoins fort différent, comme lesavent ceux qui ont la plus légère teinture de la science des sons. Lesprosodistes dont nous parlons ont cru que dans lu langue française ,l’accent servait à hausser ou à baisser la voix, au lieu qu’il ne sert qu’àrendre le son plus fort ou plus faible, erreur dont ils se seraient aisé-ment garantis , s’ils avaient su ou remarqué que la plupart des sons ,que nous appelons dans notre prosodie graves ou aigus , sont indiffé-remment susceptibles , dans la musique, d’être chantés en montant ouen descendant, par rapport au$ syllabes qui précèdent ou qui suivent ;d’où il résulte que les dénominations de grave ou à'aigu qui convien-nent très-bien à l’accent grec, par le rapport de ces dénominationsavec les sons qu’on nomme ainsi, sont très-improprement appliquésaux accens de notre langue, qui ne donnent point réellement aux syl-labes sur lesquelles ils sont placés , le caractère de son grave ou deson aigu., c’est-à-dire , d'intonation plus basse et plus élevée , et quimême ne sont pas toujours destinés à marquer le son des mots , maisquelquefois à distinguer seulement un mot d’avec un autre. L’accentgrave, par exemple, sert uniquement à distinguer la préposition à