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Tome troisième.
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D’OLIVET. 645

d'avec le verbe a , habel, et l’adverbe là d’avec l’article la ; car la pro-nonciation de ces mots est d’ailleurs absolument la même.

Pour en revenir aux syllabes communes dont nous parlions il n’y aqu’un moment, la multitude des syllabes de cette espèce dont la languefrançaise abonde, et que lui reprochent, comme un défaut, les enthou-siastes des langues anciennes , est peut-être moins dans la nôtre un in-convénient qu’un mérite ; et c’est encore une observation importanteque l’abbé d’Olivet aurait dû faire. Cette espèce d’indécision et de li-berté que n’avaient pas les anciens, chez qui presque toutes les syllabesétaient déterminées, quant à leur quantité de longues ou de brèves ,nous donne le moyen de varier, à certains égards, le rhythme et le ca-ractère de nos vers, peut-être plus que ne pouvaient faire les Latins etles Grecs, et d’exprimer plus aisément, par la vitesse plus ou moins grandede la prononciation, les objets que nous avons à peindre. Mais cettemême indécision d»ns la quantité d’un grand nombre de nos syllabes,semble aussi s’opposer, comme nous l’avons dit ailleurs, à l'entreprisequ’on pourrait former, de donner à notre langue des vers métriques ,c’est-à-dire, mesurés à la façon des Latins et des Grecs ; aussi plus d’unréformateur ancien et moderne a-t-il vainement tenté d’introduire dansnotre poésie cette innovation, à laquelle il n’y a pas d’apparence quenos oreilles puissent jamais s’accoutumer : c’est le sentiment de l’abbéd’Olivet, sentiment qu’il appuie sur des preuves aussi simples que so-lides. Mais l’auteur, en enlevant à notre langue ce prétendu avantage ,ou plutôt en ôtant à nos poètes cette manière de la défigurer, montreavec combien de goût et de finesse les Racine , les Despréaux et leursdignes successeurs ont su faire usage de notre prosodie, pour donnerde la mélodie à leurs vers , et pour peindre non-seulement à l’esprit,mais à l’oreille , les images et les seutimens même qu’ils se proposaientd’exprimer.

Un autre objet qui eût été bien digne des observations, et peut-êtremême des réformes de l’abbé d’Olivet, c’est l’usage absurde qu’on faitdes accens dans la langue française, même pour déterminer la pronon-ciation de certaines syllabes. On prodigue l’accent aigu dans un grandnombre de mots, qu’on prononcerait ridiculement en suivant à la ri-gueur cette accentuation. Par exemple,' on marque d’un accent aigules deux premiers e du mot téméraire , comme si les syllabes te etme dans ce mot se prononçaient de la même manière que les dernièressyllabes de bonté et à'aimé. Il en est de même d’une infinité d’autresmots, car cette absurdité se rencontre à tout moment dans notre ac-centuation. L’e, dans les deux premières syllabes du mot téméraire ,a beaucoup plus de rapport, quant à la prononciation , avec celle dupremier e dans le mot fidèle , e qu’on marque d’un accent grave. Ainsiil serait beaucoup plus raisonnable d’écrire et d'accentuer ainsi, témé-raire. On peut remarquer à ce sujet qu’il y a dans notre langue cinq etrès-dictincts et très-dilférens ; i°. lé qu’on appelle, je 11 e sais pour-quoi, fermé, comme dans bonté. L’accent aigu devrait être pour cet