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routage fut d autant plus grand , que l’ouvrage , comme il l’avoue lui—meme , prêtait le flanc à la critique ; car prétendre avec M. Huet, quela raison humaine n’a (Telle-même mil moyen de parvenir certaine-ment et indubitablement à la connaissance d’aucune vérité, c’estévidemment ébranler et peut-être saper les fondemens de la foi, quine peut être appuyée que sur des motifs de crédibilité dont la raisonseule est le juge. Mais l’abbé d’Olivet, quoiqu’il sentît bien toute laforce de l’objection, n’en fut pas moins ardent à défendre, sinon laphilosophie, au moins le christianisme et les intentions pures de l’é-vêque d’Avranches. Il est vrai que dans cette dispute contre les journa-listes de Trévoux, il se trouva heureusement appuyé de quelques jésuitesqui ne pensaient pas comme leurs confrères, ; entre autres du P. Baltus ,qui avait si laborieusement prouvé contre Fontenelle, que le diableavait pr&phétisè et fait des miracles et qui déclara n’avoir trouvédans le livre de M. Huet, que ce qu’enseignent communément les doc-teurs de l’Eglise. Il serait assez surprenant que telle fut la doctrinede ces auteurs respectables , et qu’au préjudice réel de la foi, ils ac-cordassent si peu k la raison humaine : mais le P. Baltus les avait tantlus, qu’il est difficile de ne l’en pas croire, à moins qu’on ne veuillele soupçonner d’avoir été aussi peu clairvoyant sur cet objet, qu’il l’aété sur les oracles. Les journalistes de Trévoux, par un reste de respectpour la mémoire de l’évêque d’Avranches , avaient insinué dans’ leurextrait, qu’il était absurde de supposer qu’un livre si scandaleux eût étéimprimé tel qu’il était sorti des mains de l’auteur ; ils faisaient entendreque l’éditeur y avait ajouté les traits peu édifians contre lesquels ilss’élevaient avec tant de zèle. L’abbé d’Olivet n’eut pas de peine àconfondre l’imposture, en produisant authentiquement le manuscritoriginal de M. Huet, écrit tout entier de sa main ; la calomnie , à quiil avait fermé la bouche, fut tristement réduite, pour se dédommager,à chercher des scandales dans l’ouvrage du pieux et savant évêque,et à le traiter à peu près comme Bodin et Spinosa. Il n’était pas meil-leur philosophe que l’un et l’autre, mais il était à coup sûr théologienirréprochable. Le journaliste qui avait si maladroitement attaqué l’abbéd’Olivet, était le P. du Cerceau , dont Voltaire a dit plaisamment qu’ila fait quelques vers heureux dans le genre médiocre. Il mourut auplus fort de cette querelle : on assure qu’il méditait une réponse ; c’estdommage qu’elle n’ait point paru ; il eut été curieux de voir par quellessubtilités ou quels mensonges le théologien poète et jésuite aurait dé-fendu une si mauvaise cause. 9
(i3) Un de ces Français expulsés de leur patrie, et qui, mépriséspartout où ils se montrent, vivent dans les pays étrangers des men-songes qu’ils y impriment, a eu l’impudente atrocité d’avancer dansune gazette, que l’abbé d’Olivet, dans la dernière de nos assemblées où
■ Voyez, dans l’éloge de La Motte, l’excellent mot de Fontenelle sur cetouvrage du P. Baltus.