Band 
Tome troisième.
Seite
649
JPEG-Download
 

D’OLIVET. (i(9

il assista, avait eu sur le jugement des prix une dispute violente avec,deux de ses confrères qui l'accablèrent d’injures, dont il fut tellementému , qu’au sortir de la séance , il sentit les premières atteintes de l'a-poplexie qui nous l’a fait perdre. La vérité est que le prix était jugéplus de deux mois avant la maladie de l’abbé d’Olivet, qu’il assista de-puis à plusieurs séances , et que ses deux confrères , bien loin d’avoiravec lui la moindre querelle au sujet de ce prix , avaient été du mêmeavis que lui, et en avaient été presque seuls. Cette calomnie a depuis étérétractée par les auteurs même ; mais il faut s’attendre à la voir répétéedans quelque recueil précieux d’anecdotes littéraires.

ELOGE DE TRUBLET *.

Il étgit d’une famille très-ancienne dans la bourgeoisie deSaint-Malo, et connue, dit-on , il y a douze cents ans; car onassure que depuis qu’un gourmand , nommé Trublet, qui Jlo-.rissait dans le sixième siècle, eut l’impiété de manger un ex-cellent poisson destiné pour la table délicate d’un saint évêquede cette ville , il y a toujours eu dans cette famille, par unjuste et terrible jugement de Dieu, un fou en titre et commede fondation ; aussi fou qu’un Trublet est devenu proverbe dansSaint-Malo. Quand le proverbe serait aussi vrai qu’il est puéril,le sort n’était pas tombé sur l’abbé Trublet, pour subir la malédic-tion de folie attachée à quelqu’un de ce nom : il se piquait mêmede sagesse ; et sa petite fortune littéraire, quoique troublée parquelques orages, prouve qu’il a été plus avisé qu’on ne le soup-çonnait de l’être.

Les Trublets, se trouvant très-illustrés de l’ancienneté sanstache de leur roture, n’ont jamais eu la sotte vanité, commetant d’autres , de se faire, de bourgeois anciens , gentilhommesnouveaux ; ils ont mieux aimé être les premiers citoyens deleur ville, que les derniers nobles de leur province ; par là ilsont prouvé qu’ils n’étaient pas si fous que leurs compatriotesles en accusaient. Ce mépris pour la roture anoblie était, sousHenri IV, l’esprit général de la ville riche et commerçante deSaint-Malo ; par malheur cet esprit y a trop dégénéré.

Dès l’âge de vingt ans, l’abbé Trublet donna, dans le Mer-

’ Nicolas-Charlcs-Joscph Trublet, archidiacre et chanoine de Saint-Malo,ne à Saint-Malo en décembre 1697 ; reçu le i 3 avril 1761, à la place de Claude-Louis-Auguste Fouquct de Bellc-lslc, pair et maréchal de France; mort le14 mars 1770.