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cure, des Réflexions sur le Télémaque qui venait de paraître.Ces Réflexions furent goûtées de Fontenelle et de La Motte ,qui désirèrent de connaître l’auteur. L’abbé Trublet devintbientôt l’ami et l’admirateur de l’un et de l’autre. 11 fréquen-tait assidûment le café où présidait La Motte ; il faisait son profitde tout ce qu’il entendait dire; et ses ennemis, car il eut l’hon-neur d’en avoir, ont prétendu que le premier volume de sesEssais de littérature et de morale n’était que le recueil des con-versations journalières de cette espèce de manufacture d’esprit,qui avait en lui, disait-on , un fidèle habitué. Il suffit, pour appré-cier ce trait de satire, de comparer le premier volume des Essaisaux trois suivans que l’abbé Trublet a donnés long-temps aprèsla mort de La Motte, et lorsque la manufacture n’existait plus.On voit dans ces quatre volumes les mêmes opinions, le mêmestyle, la même manière, le même esprit enfin que dans le pre-mier; et, quelque jugement qu’on porte de l’ouvrage, il seraitau moins très-injuste de vouloir l’enlever à l’auteur.
Quant à l’ouvrage même , on ne lui a pas rendu plus de jus-tice ; mais, pour la consolation de l’abbé Trublet, les jugemensqu’on a portés du livre et de l’auteur sont contradictoires.A-t-on voulu louer les Essais, on a prétendu qu’ils n’étaient pasde lui; a-t-on rendu à l’auteur son bien, on a dit que c’é-tait marchandise de peu de valeur ; et on a eu tort sur lesdeux points. L’abbé Trublet n’est pas un La Rochefoucauld niun La Bruyère; mais il nous semble que l’illustre Montesquieuavait donné aux Essais de littérature et de morale leur véri-table prix, en disant que c’était en son genre un bon livre dusecond ordre. L’ouvrage est écrit purement et avec beaucoupde clarté, mérite qui doit être compté pour quelque chose, sur-tout aujourd’hui ; les réflexions y sont quelquefois aussi justesque fines , et toujours présentées sous une forme élégante etprécise, lors même qu’elles ne sont pas neuves. Ceux qui ontreproché à l’auteur de ne faire souvent que donner un légervernis à des idées rebattues, n’ont pas pensé qu’il est plus d’unécrivain renommé à qui l’on pourrait faire le même reproche,et qu’entre autres, le poète célèbre , appelé par quelques gensde lettres le grand Rousseau , resterait assez peu riche de sonpropre fonds, si on le dépouillait de toutes les pensées com-munes qu’il n’a fait qu’exprimer en vers harmonieux. Nous neprétendons pas mettre les vers de Rousseau sur la même ligneque la prose de l’abbé Trublet, ni même la comparer à la proseénergique ou ingénieuse de nos principaux moralistes ; maiscroit-on que les pensées de ces derniers ne tirent pas souventleur plus grand mérite de la forme dont ils ont su les revêtir?