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Tome troisième.
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DE TRUBLET. 65t

Le fond des idées des hommes n’est pas immense , et s’accroîtassez rarement d’idées vraiment nouvelles ; mais la variété desformes qu’on peut donner aux idées connues est inépuisable, etfait souvent la seule différence entre l’écrivain homme d’espritet celui qui ne l’est pas. En un mot, le travail de l’ahbé Tru-blet, sans être destiné ni à des philosophes, ni à des littérateursprofonds, peut être fort utile à la jeunesse, qui, avide d’ins-tructions et d’idées, trouvera en général dans son ouvrage desprincipes de morale et de goût nettement analysés , et quelque-fois heureusement approfondis. Ce sera pour les esprits encorenovices une espèce de lait qui les préparera à des alimens plussolides ou plus raffinés, à ceux que leur offriront nos grandsmaîtres dans l’art de penser et d’écrire; ils ne seront plus ré-duits à chercher tristement et sans succès leur première nour-riture dans cet insipide Traité du vrai mérite, qui a fait lesdélices de la génération précédente, et dont les nombreuses édi-tions , multipliées à un degré honteux pour nos pères , sont enfinheureusement taries. Peut-être même l’ouvrage de l’abbé Tru-blet jouirait-il d’une plus grande réputation auprès des litté-rateurs du premier ordre, si l’auteur n’y avait pas mêle auxobservations estimables qui en font le mérite un trop grandnombre de pensées communes, dont le voisinage les dépare;et si, après avoir donné à ses meilleures réflexions une expressionnette , précise et heureuse, ,il ne retombait pas dans le défautde les présenter ensuite de nouveau en plusieurs manières dif-férentes, presque toujours plus faibles que la première , et quimême , pour l’ordinaire, vont toujours en s’affaiblissant de plusen plus. Son livre, de bon qu’il est, pourrait devenir excellentsans y rien ajouter, et en se bornant à n’y faire que des ratures :cet éloge est plus grand qu’on ne pense; dans la plupart deslivres, les vrais connaisseurs , et surtout l’auteur même , quandil est digne d’écrire , trouvent encore plus à désirer qu’à effacer ;mais la multitude s’aperçoit mieux que l’auteur de ce qu’il a detrop, et moins de ce qui lui manque.

Partisan déclaré des opinions de La Motte et de Fontenellesur la poésie , l’abbé Trublet les a exposées , développées etprouvées de son mieux dans plusieurs endroits de son ouvrage.Son zèle pour ces opinions fut si ardent et si sincère, que pourjustifier sa croyance, il ne craignit point, si l’on peut employercette expression, de braver même le martyre, en s’exposant ausupplice du ridicule , le plus cruel que puisse redouter un écri-vain, et surtout un écrivain français. Non content de s’en tenirà des assertions générales et hasardées sur le mérite précaire etfrivole, selon lui, de la versification et des poètes, il eut l’im-