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Tome troisième.
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UE TRUBLET. 653

Ayant été élu par l’Académie Française dans ce même temps ,il envoya à Voltaire son discours de réception, en lui deman-dant son amitié. Voltaire, aussi facile à revenir que prompt às’offenser, répondit à la lettre de l’abbé Trublet avec reconnais-sance , et avec une sorte de regret de ce qui s’était passé. Il con-vint que l’auteur des Essais n’avait pas le simple et triste méritede compilateur, auquel il l’avait d’abord rédu't, et que cet ou-vrage contenait des choses utiles et agréables. Il déclara gaî-ment à l’abbé Trublet qu’il oubliait tout, lui promit la paix ^et lui tint parole.

La réception de l’abbé Trublet à l’Académie Française, époquede sa réconciliation avec le plus célèbre de nos écrivains, futencore, à d’autres égards, une circonstance de sa vie bien in-téressante pour lui. Il avait long-temps frappé aux portes decette compagnie, sans qu’elles voulussent s’ouvrir: dès it36,il s’était mis sur les rangs, et ne fut admis qu’au bout de vingt-cinq années, en 1761, et à la pluralité d’une seule voix. Cen’est pas qu’il ne fût aussi digne de cet honneur que beaucoupd’autres qui l’avaient obtenu avec bien moins de peine ; maisl’abbé Trublet n’avait pas l’art de se faire valoir : son extérieurpeu imposant aidait encore au peu d’égards qu’on avait pourlui ; la fréquence et l’inutilité de ses sollicitations pour l’Aca-démie avaient jeté un air de rebut sur ce candidat si opiniâtreet si malheureux ; il eût pu dire comme l’abbé Pellegrin , etavec encore plus de raison : On me méprise trop. D’ailleurs lestraits lancés contre lui par Voltaire lui avaient aliéné les amisde ce grand homme, et l’avaient rendu presque ridicule auxyeux de ce public qui ne cherche que des victimes ; enfin ilavait eu le malheur de s’associer à un journal appelé Journalchrétien, le meilleur ouvrage, a dit plaisamment un écrivainillustre, qui ait paru depuis le Pédagogue chrétien, et dontles rédacteurs n’étaient pas vus de bon œil par les gens delettres les plus célèbres, parce que ces gens de lettres y avaientété, pour la plupart, accusés d’être également ennemis dutrône et de l’autel, suivant la formule éloquente, qui depuisest devenue si fort à la mode. O11 reprochait surtout à l’abbéTrublet d’avoir lancé quelques traits dans ce journal contre Hel-vétius , philosophe très-estimable dont il se disait l’ami, et quivenait de donner son livre de YEsprit, écrasé par tous les fou-dres ecclésiastiques. L’abbé Trublet n’avait pourtant dit qu’unmot sur ce livre, et même ce mot était aussi mesuré qu’on pou-vait l’exiger d’un prêtre journaliste , qui se serait dangereuse-ment compromis par une indulgence trop marquée. Mais onne vit point sa modération; on ne vit que les coups qu’il avait

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