DE TRUBLET. 655
qui composent le recueil de ses ouvrages , dont il a offert les troisautres volumes, non à des hommes accrédités et puissans, mais àdes amis estimables jpar leurs lumières. Le volume adressé à l’abbéTrublet est celui qui contient les discours académiques. « Quoi-» qu’il n’y ait, lui ditM. de Maupertuis, aucun des volumes de•> mes ouvrages que je ne puisse vous dédier, celui-ci m’a paru
» le plus particulièrement devoir vous appartenir.J’ai besoin
» de toute votre amitié, lorsque je présente des discours acadé-» miques à un des hommes de notre nation qui parle le mieux
» notre langue.Dans la capitale de la France, vous avez pu
» disputer le style aux meilleurs écrivains et aux meilleurs es-» prits. Pour chaque genre on trouve dans notre nation quel-» ques auteurs qui se sont emparés d’une réputation qu’aucun» autre n’a pu partager. Un grand mérite, et le bonheur d’avoir» été les premiers, ont tellement prévenu le public pour eux,» que, quelque chose qu’aient faite ceux qui sont venus depuis,» on ne lês a jamais laissé approcher de la gloire des originaux.» Vous êtes peut-être le seul pour qui le public n’ait point eu» cette injustice. » Nos lecteurs sont en état de juger quellesmodifications ils doivent donner à cet éloge ; mais il eût étéinjuste que nous privassions la mémoire de l’abbé Trublet del’hommage qu’un philosophe estimable a cru devoir rendre à sonmérite et à ses écrits.
Si notre académicien n’eut pas des talens éminens, il eut aumoins la vertu qui les accompagne quelquefois , et qui même enfait pardonner la privation , la simplicité et la modestie. Il de-mandait à un homme de lettres ce qu’il pensait du troisièmevolume de ses Essais, qui venait de paraître ; l’homme de lettresavoua qu’il en avait été beaucoup moins content que des deuxpremiers volumes. <• Vous me surprenez un peu, lui dit l’abbé» Trublet; car sans attacher beaucoup de prix à ces deux pre-» miers volumes , je croyais avoir donné encore plus de soin au» troisième. » L’homme de lettres, sans se rétracter sur ce troi-sième volume, répondit qu’il avait peut-être jugé trop favora-blement des deux premiers, ne les ayant lus qu’en province, etavant de s’être formé le goût par le commerce des bons écrivainsde la capitale. En ce cas, dit l’abbé Trublet, vous pourriez bienavoir raison. Un sacrifice si entier de l’amour-propre dans unauteur , non-seulement sollicite pour lui l’indulgence , mais doitfaire regretter qu’il en ait besoin.
Cette manière de péuser , si estimable et si rare , se montraplus naïvement encore dans un autre mot de l’abbé Trublet,qui fait également honneur à son caractère, à son esprit et à songoût. Il parlait un jour, de son propre mouvement, à quel-