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Tome troisième.
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ÉLOGE DE MONCRIF 1 .

Sa famille , honnête quoique peu aisée , le fit élever avec soin,dans l’espérance de lui voir prendre un de ces états ou la for-tune est la récompense du travail. Le jeune Moncrif déconcertaces vues par des inclinations toutes contraires ; il préféra auxétudes sérieuses les talens agréables, la poésie, la danse et lamusique; il cultiva jusqu’à l’escrime, dans laquelle même il serendit très - profond et presque célèbre ; mais en fréquentantles salles d’armes, il eut le mérite , très-rare à son âge, de n’enprendre ni le ton, ni les mœurs. Ce fut au contraire ce talentqui servit le plus à l’introduire dans des sociétés brillantes, ehlui fournissant dès occasions de se trouver souvent avec la jeu-nesse la plus distinguée du royaume. Il s’en fit aimer et recher-cher par les agrémens de son esprit, et par la complaisantefacilité de son caractère. Bientôt il pensa à rendre solidementutile à son bien-être le bonheur qu’il avait de plaire à des hommesdont la bienveillance et le crédit pouvaient lui procurer un étatagréable ; il sentit de quel avantage il serait pour lui d’intéresserefficacement eu sa faveur les sociétés où il était admis : pour yréussir, il tâcha de s’y rendre nécessaire , en contribuant à leursplaisirs. Il y fut poète, musicien, acteur plein de zèle, d’intelli-gence et de ressources. Il était l’âme de toufe les divertissemensque ces sociétés appelaient au secours de leur ennui ; il y por-tait la variété, les grâces, la gaieté, et quelquefois jusqu’à cettejoie bruyante que la triste dignité regarde comme un plaisirignoble, mais qu’il avait l’art de lui faire goûter ; il ne dédaignaitpas même de se prêter à ce genre de farce appel é*pai'ade‘, genreque le bon goût'a enfin remis à sa place et relégué sur les bal-cons de la Foire, mais qui faisait alors l’incroyable délice deplusieurs personnes de la cour , entraînées à cet insipide amu-sement par une espèce de délire passager.

Tandis que Moncrif, cédant à la seule crainte de déplaire ,se livrait avec une ardeur apparente à ces froides et tristesfacéties qu’il savait bien apprécier , il pensait à faire de ses talensun usage plus estimable, et à s’acquérir auprès des vrais con-naisseurs une gloire plus réelle. Il sentait, et il l’avouait avecfranchise, que la voix indulgente des sociétés qui l’applaudis-

' François - Augustin Paradis de Montcrif, ne à Paris en 1(187; reçu long décembre iç 33 , Ji la place de Jean-François de Caumardn, éy&jue deBlois; mort le 19 novembre 1770.