66o ÉLOGE
saient n’était pas celle du public; il comparait la médiocritéorgueilleusement modeste , et obscurément couronnée dans cestribunaux subalternes , à ces dieux pénates des anciens, quin’étaient révérés que dans les maisons où ils présidaient. Il osadonc se montrer à ce public dont il redoutait et désirait le suf-frage, et son premier essai fut très-heureux. Il donna au Théâtre-Français une comédie intitulée l 'Oracle de Delphes, qui futreçue avec les plus grands applaudissemens (i) ; mais la piècefut défendue à la quatrième représentation : quelques plaisan-teries que l’auteur s’était permises sur la religion païenne pa-rurent mériter qu’on en arrêtât le cours , non parce que toutereligion mérite d’étre traitée religieusement , comme le prétendun auteur moderne , à coup sur grand philosophe, mais parceque les fanatiques crurent voir dans ces plaisanteries des appli-cations scandaleuses auxquelles Moncrif n’avait jamais pensé.
La suppression de la comédie de Moncrif était pour lui unvéritable succès, et d’autant plus agréable, que cette suppres-sion , en donnant de l’importance à l’ouvrage , et le condamnanten même temps à l’obscurité, mettait l’auteur à couvert destraits de la critique et de la satire. Il ne jouit cependant qu’àmoitié de cet avantage, car il garda si sévèrement l'anonyme ,qu’il se priva, par cette discrétion, d’une grande partie de sagloire ; mais la prudence qu’il eut de se cacher fut en mêmetemps très-utile à son repos : l’imbécile hypocrisie, réduite àse battre contre un être inconnu, perdit en l’air ses cris et sescoups, et cessa bientôt de les porter, par le louable usage oùelle est d’abandonner les écrits quand elle désespère d’atteindrejusqu’à l’auteur.
Moncrif dut néanmoins regretter beaucoup de n’avoir pasrecueilli pleinement les honneurs de son premier triomphedramatique, car c’est à peu près le seul qu’il ait obtenu auThéâtre-Français: il fit, à la vérité, pour la cour quelquesautres comédies qu’on y reçut avec indulgence ; mais elles furentaccueillies froidement par le public, et Moncrif n’appela pointde cette décision. Il se montra sur ce point d’autant plus docile,qu’une autre carrière s’offrait à lui, et semblait l’attendre pourle dédommager; celle de la scène lyrique, pi us analogue à sestalens, et plus propre à les faire valoir. Il y trouva les consola-tions qu’il s’était promises, et il y reçut plus d’une couronne ,dont, à la vérité, le musicien partagea l’honneur , mais ne l’en-leva pas tout-à-fait au poète, comme il est arrivé tant de fois.Parmi les succès que Moncrif eut en ce genre, on doit sur-tout distinguer celui de Zélindor, un des plus grands dont lesannales de l’Opéra conservent la mémoire , et qui cessera quand