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Tome troisième.
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DE MONCRIF. 061

l'équité ou l’inconstance de la nation aura tait disparaître cetteinfortunée musique française, si chère aux oreilles de nos bonsaïeux, et long-temps si chère aux nôtres *.

Ce ne fut pas seulement sur la scène que Moncrif recueillitles suffrages du public, il en mérita par d’autres ouvrages deplus flatteurs encore et plus durables. Sa pièce intitulée le Rajeu-nissement inutile , ou la Fable de Titon et de l'Aurore , est unedes plus agréables productions que la délicatesse et la sensibilitéréunies puissent dicter à un poète. On peut en juger par les verscharmans que l’auteur met dans la bouche de Titon , qui seretrouve à quatre-vingts ans, après avoir joui dans les bras del’Aurore de la jeunesse qu’il avait recouvrée : Séchez vos larmes ,dit-il à la déesse ,

J’ai vu de mou printemps s’évanouir les charmes ;

J’en regrette la perte, et ne m’en repens pas.

Ce que j'eus de beaux jours , du moins, charmante Aurore,

Je tes ai passes dans vos bras.

Rendez-les-moi, grands dieux, pour les reperdre encore!t Ainsi vieillit Titon. Quelle injustice, bêlas!

D’avancer ainsi sa vieillesse!

Eh! comment, quand on plaît, contraindre ses désirs!

Otez-en de si doux plaisirs ,

Je compte pour rien la jeunesse.

Cette pièce fait regretter aux poètes et aux gens de goût queFauteur n’en ait pas donné beaucoup d’autres dans le mêmegenre , qui semblait être celui où la nature l’avait réellementappelé- Il en a dédommagé le public par des pièces d’une espècetoute différente, et qui ont plus contribué à sa réputation quetous les autres ouvrages; nous lui devons ces romances si con-nues et si touchantes, que personne n’a pu égaler jusqu’ici,quoique plusieurs autres poètes s’y soient exercés, et qui, pleinesde sentiment et de naïveté , le sont en même temps de finesseet de goût. On les chante, on les relit tous les jours, et on ena retenu des vers qu’on se plaît à répéter. Mais parmi toutes cesromances, où les âmes tendres retrouvent avec tant de plaisirleurs sentimens et leur langage , elles paraissent chérir de pré-férence celle d 'Alix et Alexis , que tous ceux qui savent aimeront appris par cœur , et qui est en effet un chef-d’œuvre de sim-plicité, de naturel et d’intérêt. Ce genre de poésie où Moncrifs’est tant distingué, est du petit nombre de ceux dont les mo-dernes ont été créateurs , et que les sévères arbitres du goût ontlaisse vivre, quoique les anciens ne nous en offrent aucune trace.Ce n’est pas même aux siècles où les lettres ont commencé àrefleurir , aux siècles qui se disent ou se croient éclairés , que

' On écrivait ceci en 1773.