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Tome troisième.
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662 ÉLOGE

ces chansons tendres et naïves doivent la naissance ; c’est auxsiècles que nous appelons grossiers et barbares , où les poètes ,sans prétention et sans modèles, s’abandonnaient à toute la vé-rité et la simplicité de la nature. Mais si Moncrif n’est pas l’in-venteur de la romance , s’il l’a reçue de nos bons aïeux , il a dumoins le mérite de l’avoir fait renaître de nos jours avec desgrâces nouvelles , et de l’avoir comme remise en honneur chezsa nation, devenue plus délicate et plus difficile. Il est parminous le vrai poète de cet estimable genre ; et ce n’est pas un légerhonneur que de donner son nom à quelque espèce de poésie quece puisse être , ne fût-ce qu’à celui du vaudeville. Anacréon seraimmortel, quoiqu’il n’ait été que le premier chansonnier d’unenation qui avait des Homère et des Sophocle.

Les qualités aimables de Moncrif lui avaient procuré l’hon-neur d’être attaché au comte de Clermont, qui joignait à uncaractère honnête et bienfaisant, l’amour des arts et des lettres.Ce prince, dont il avait su mériter la confiance et l’estime, parlade lui à la reine avec tant d’éloges, qu’elle désira de l’avoir àson service, et le nomma pour son lecteur (?.). Transporté dansun monde très-différent de celui qu’il venait d’habiter, d’unecour où tout respirait le plaisir, dans une autre où la piété ré-gnait seule, il sut, sans hypocrisie et sans effort, se rendreagréable à la vertueuse princesse qui l’avait jugé digne d’appro-cher d’elle ; les sentimens de religion dont elle était pénétrée luifirent désirer de les voir exprimés en vers : le génie facile deMoncrif se plia sans peine à ce louable désir. Quoique le langagede la dévotion n’eût pas jusqu’alors été le sien, il composa pourla reine des cantiques spirituels, où il sut prêter aux sujets édi-fians qu’il chantait tout l’agrément dont ils étaient susceptibles ,sans les dégrader ni les travestir. Nous n’appliquerons pas à cescantiques le mot qu’il nous a raconté plus d’une fois d’un phi-losophe de mauvaise humeur, à qui un ami, plus dévot que phi-losophe , avait envoyé un manuscrit édifiant, mais ennuyeux,pour le convaincre qu’on pouvait avoir en même temps beaucoupd’esprit et beaucoup de foi; ce que l’exemple seul de Pascalprouve bien mieux que cent volumes. Le manuscrit portait cetitre un peu fastueux la Réconciliation fie la dévotion avecïesprit ; le philosophe effaça le titre pour y substituer celui d’unecomédie très-connue, la Réconciliation normande; parce qu’a-près avoir lu, disait-il, quelques pages de ce traité de paix faitsans mission et sans plein pouvoir, l’esprit lui avait paru plusbrouillé que jamais avec la dévotion. Moncrif les a bien rappro-chés l’un de l’autre dans les poésies spirituelles dont nous par-lons ; car elles sont vraiment spirituelles dans tous les sens pos-