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Tome troisième.
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DE MONCRIF. 663

sibles de ce mot, et feront toujours le pieux délassement de ceuxqui ne croiront pas la religion incompatible avec les grâces. Ellesfurent chantées avec tout le succès possible dans la pieuse courde la princesse qui les avait demandées ; et l’on ne pouvait pasdire de ces poésies ce qu’un écrivain célèbre a dit plaisamment,peut-être injustement, sur quelques autres cantiques sacres :

Sacrés ils sont, car personne n’y touche (3).

Le désir constant de plaire que Moncrif laissait voir sans aflec-tation, le bonheur qu’il eut toujours de réussir dans les diffé-rentes sociétés où il vivait, le grand usage du monde qu’il avaitacquis , usage qui suppose , du moins à certain degré, la con-naissance des hommes , de leurs passions et de leurs travers ,lui fit penser qu’il pouvait donner aux autres des leçons utilessur un art qu’il pratiquait depuis si long-temps. Il publia sesEssais sur la nécessité et sur les moyens de plaire. Cet ouvrage,quoique plein de raison, de maximes sages, et quelquefois deréllexions fines, n’eut cependant qu’un succès médiocre. Lesgens du monde ne crurent pas devoir prendre pour martre celuiqu’ils regardaient comme leur disciple , et que les plus caustiquesd’entre eux appelaient, un peu grossièrement, leur singe ; et lesgens de lettres, s’imaginant voir en Moncrif un de leurs égauxqui, se prétendait homme du inonde, dédaignèrent d’aller à uneécole dont la plupart avaient pourtant un besoin indispensable.L’humeur fut poussée jusqu’à refuser à Moncrif ce même talentde plaire qu’il voulait enseigner aux autres ; on le compara , avecplus de malice que d’équité, à ces hommes qui meurent de faimavec le secret de faire de l’or. Néanmoins les amis qu’il s’étaitfaits dans tous les états , ceux qu’il avait à la cour , la fortunedont il jouissait et qu’il devait à lui seul, étaient une preuvesuffisante qu’il connaissait réellement l’art de plaire, et n’avaitpeut-être d’autre tort que de vouloir le révéler. En effet, le seulreproche bien fondé qu’on puisse faire à l’auteur de ces Essais ,c’est d’avoir cherché à réduire en préceptes un art dont il n’ap-partient qu’à la nature de donner des leçons ; ceux à qui elle apris soin de l’enseigner n’ont pas besoin de ce livre pour s’eninstruire , et ceux qu’elle n’a pas faits pour plaire , n’en plairontpas davantage après l’avoir lu. L’ouvrage de Moncrif peut néan-moins être de quelque secours aux jeunes gens qui commencentà entrer dans le monde avec les dispositions nécessaires pour yréussir. Cette lecture leur servira d’expérience anticipée, et hâ-tera les réflexions utiles que l’observation leur aurait suggéréesnu peu plus lard. Aidés et éclairés par ces réflexions, ils con-naîtront d’avance les hommesavec qui ils auront à vivre , les opi-