DE MON CRI F. M5
lanl de plaisir à l’outrager, u’auraient pas manqué de louer avecune impudente fadeur cette malheureuse production , si letexte avait été , comme les planches , l’ouvrage d’un amateurde qualité.
Notre académicien avait besoin d’être consolé par quelquebonne fortune littéraire , du double dégoût que les chats et lesmoyens de plaire lui avaient donné : nous ne croyons pourtantpas qu’il en ait été dédommagé par un succès plus singulier queilatteur, mais qui mérite par la singularité même de n’être pointici passé sous silence. Il avait publié un petit roman intitulé ,les Ames rivales , et fondé sur la chimère indienne de la trans-migration des âmes. Quelle bizarre que fût cette idée, l’usageingénieux qu’il en avait fait pour peindre avec finesse nos mœurset nos ridicules , avait eu le bonheur de réussir auprès des lec-teurs français; mais un suffrage plus inespéré l’attendait auxIndes orientales. Ce roman y fut porté par un ami de Moncrif.Un brame crut v voir le développement le plus heureux dusystème de la métempsycose, il regarda l’auteur comme ungénie transcendant , et lui envoya en présent un manuscrit qu’ilcroyait très-préçieux , en l’assurant d’ailleurs de son respect etde son admiration. 4
Docile à la censure quand elle était juste , Moncrif y étaitpourtant très-sensible ; mais quoi qu’en aient pu dire ses enne-mis, une critique décente et modérée ne l’offensait pas ; il n’étaitblessé que du fiel et des injures dont la critique est si souventassaisonnée , ou plutôt infectée. Il a donné une preuve sans ré-plique de sa manière de penser sur ce point, dans la critiquequ’il a faite lui-même d’un de ses ouvrages lyriques , du Balletde Vempire de l’Amour. Cet ouvrage avait eu beaucoup de suc-cès ; et déjà la satire , que le succès traîne toujours à sa suite ,menaçait de déchirer l’auteur; il la prévint et. même lui coupatrès-exactement les vivres , en ne lui laissant rien à dire ; car il nes’épargna nullement dans la critique dont il s’agit. Il y convientde ses torts avec la plus louable franchise. >< Il est vrai, dit-il» naïvement dans une lettre oh il parle de cette critique, que ma» bonne foi m’a attiré bien des louange 1 : de la part de plusieurs» écrivains; et c’est peut-être ce qui m’a encouragé à êtremo-» deste dans quelques autres occasions. Pauvres vertus hu-» maines ! On ne se voue jamais plus volontiers à la modestie ,» que lorsqu’elle nous promet.des éloges. »
D'exemple qu’il avait donné aux auteurs , en ne s’épargnantpas lui-même sur un ouvrage applaudi , autorisait les leçonsvraisemblablement inutiles, mais du Vnoins sensées et chari-tables, qu’il a cru devoir donner à une classe très-nombreuse
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