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d’écrivains, à celle qui fait métier et souvent trafic de la cen-sure qu’elle exerce à tort et à travers sur les productions desautres. On trouve ces leçons dans un discours où notre aca-démicien fixe avec autant de justesse que d’équité la différencetrop peu sentie entre l’esprit critique , toujours avide de désap-prouver , toujours ravi d’en trouver l’occasion ou le prétexte ,enfin toujours amer et souvent injuste j et l ’esprit de critique ,vraiment utile a la littérature et au bon goût , qui n’est autrechose que le discernement juste et fin des beautés et des défautsd’un ouvrage, et qui, louant les unes sans fadeSr, et observantles autres sans amertume , éclaire toujours et n’offense jamais.
Ce discours de Moncrif, lu dans une séance publique de l’A-cadémie , prouva qu’il n’était pas tellement borné aux sujetsagréables, qu’il ne traitât quelquefois des matières sérieuses etmême importantes. Nous avons encore de lui quelques disserta-tions académiques pleines de justesse et de raison , entre autres,celles où il met à leur place ces prétendus romans connus sous lenom d e féeries , qu’on a la bonté d’appeler ouvrage d’imagina-tion, et qui ne sont d’ordinaire pour un lecteur éclairé , que letriste cachet d’un écrivain sans génie, et la malheureuse res-source de la plus étroite indigence. C’est à l’occasion de ces sortesd’écrits, où le merveilleux est si commun dans tous les sens pos-sibles , que Fontenelle disait avec sa finesse ordinaire : « Le vrai» merveilleux d’un conte de fées serait qu’un hoimne qui tom-» berait dans la mer eût le malheur de s’y noyer. »
Moncrif a aussi publié quelques lettres sur des sujets intéres-sans de morale , en particulier sur cette usure si commune dansle bas peuple, et connue ^ous le nom de prêt à la petite semaine ,vexation dont il avoue toute l’indignité , mais qui lui suggère desvues estimables sur les moyens de faire cesser cet abus, et mêmede le changer en bien : l’occupation la plus digne d’un philo-sophe est moins de combattre les vices et les passions deshommes que de chercher à tourner ces passions et ces vices auprofit de la Société dont ils sont membres , et de forcer l’intérêt;même aux actions honnêtes.
Si les talens aimables de Moncrif le rendaient cher à ceux quimettent tant de prix aux agrémens , ses qualités personnellesdoivent le reridre respectable à ceux qui mettent du prix auxvertus. ^
Il était reconnaissant, et c’était surtout lorsqu’il voyait sesbienfaiteurs affligés et malheureux, qu’il cherchait à leur donnerdes preuves d’un sentiment si cher à son cœur. Le comte d’Ar-genson , qui avait contribué à sa fortune, et qui l’houorail de souamitié, étant tombé dans la disgrâce, Moncrif obtint, non sans