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Tome troisième.
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DE MONCRIF.. 667

beaucoup de peine , et après les sollicitations les plus vives , lapermission d’aller tous les ans passer quelques mois auprès delui dans le lieu de son exil. II s’arrachait avec joie aux charmesque la cour avait pour lui, et au plaisir des sociétés où il vivait,pour aller dans le silence de la retraite consoler son ancien pro-tecteur , qui n’était plus que son ami.

Il était bienfaisant. Une lettre qu’il a écrite à Duclos déve-loppe aux âmes élevées et sensibles toute la noblesse des prin-cipes qu’il s’était formés sur l’exercice de cette vertu , principesdont sa vie fut une pratique continuelle : sa bourse était sanscesse ouverte aux indigens , assurés d’ailleurs d’un secret qu’ilsn’avaient pas même besoin de lui demander. Il ne se permettaitde paraître bienfaisant à tous les yeux, que lorsqu’il s’agissaitde soulager de pauvres parens , dont il n’avait pas la sottise et lacruauté de rougir. Un ancien domestique qu’il avait jugé dignede sa confiance , était chargé de distribuer des aumônes secrètes,souvent même sans en informer son maître , à tous ceux dont lamisère pouvait exiger de prompts secours; et ces infortunés , enrecevant les marques de sa charité active et compatissante, igno-raient pour l’ordinaire jusqu’au nom du consolateur généreuxdont la main cachée essuyait leurs larmes. Il semblait avoir prispour maxime ce proverbe musulman : « Fais du bien et le jette» dans la mer ; si les poissons l’engloutissent, Dieu s’en sou-« viendra. »

La conduite sage de Moncrif, la vie heureuse qu’elle lui aprocurée, la fortune et les agrémens dont il a joui, doivent ap-prendre aux gens de lettres, que ce n’est pas toujours aux talenséminens que le bonheur est attaché ; que le génie , bien loind’intéresser en sa faveur les hommes puissans , est souvent poureux un secret objet de jalousie et de haine , et que le vraimoyen de se les rendre favorables , quand on a le malheur d’enavoir besoin , c’est de savoir, comme Moncrif, se faire non-seu-lement aimer, mais en quelque sorte respecter par eux , en évi-tant également et l’orgueil qui offense leur amour-propre , ét labassesse qui engendre leur mépris. Les hommes en place , avecqui notre académicien vivait, mirent dans leurs égards pour luijusqu’à cette délicatesse d’autant plus sensible ^)our lésâmes éle-vées, qu’elle est uniquement sensible pour elles ; et Moncrif 11ese trouva jamais dans la nécessité fâcheuse de fairé aux courti-sans qui l’appelaient leur ami, le reproche qu’un homme delettres faisait à un ministre , auquel il avait eu le malheur des’attacher, et dont il était bien traité en apparence. « Vos torts» à mon égard , lui disait-il, me blessent d’autant, plus , qu’il n’y» a pas dix personnes dans Paris à qui je puisse les faire sentir. »