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ÉLOGE
A rai modèle de cette diguilé décente qu’un homme de lettresdoit toujours conserver auprès des grands , il repoussa un jour,
avec autant de noblesse que de mesure , le propos d’un courtisan,qui faisant semblant d’aimer les lettrés , et caressant par vanitéceux qui les cultivaient, eut dans un moment d’insolçnce naïvela maladresse d’avouer les vrais motifs de l’accueil qu’il leurfaisait : « Je me sers , disait-il, de ces gens d’esprit et de ces sa-» vans, comme le jardinier du rateau... Monsieur, lui répondit>> Moncrif, ce rateau est devenu plus difficile à manier qu’il ne» 1 était autrefois, et je ne vous conseille pas d’abuser de sa» complaisance. »
NOTES.
G) i J* a prétendu que le président Hénault et le poète Fuzelieravaient eu part a l 'Oracle de Delphes. Cette anecdote nous paraîttrès-douteuse. Nous n’en avons jamais entendu parlera Fuzelier, quenous avons fort connu , et qui, dans ses vieux jours au moins , n’ai-mait pas assez Moncrif pour se faire un scrupule de lui dérober unepartie de l’honneur que lui avait fait cette pièce ; il n’aurait pas hésitédavantage , et par la meme raison , à mettre en tiers du succès leprésident Hénault, s’il y avait en effet contribué. Défions-nous tou-jours de ces hommes généreux , qui font présent d’un ouvrage à unauteur anonyme, pour en ôter la gloire au véritable auteur; c’estune des petites ressources de la haine et de l’envie.
(i) Moncrif, malgré les avantages que le service de la reine pouvaitlui offrir, n’aurait jamais quitté la cour du comte de Clermont, siune misérable tracasserie , telle qu’on en essuie trop souvent dans unpareil séjour, ne l’y avait contraint. En renonçant à la société intimedu prince , il emporta et conserva toute son estime , ce qui fait dumoins autant d’honneur au comte de Clermont qu’à notre académicien.« Si je savais, ditVoltaire dans une de ses lettres, où prendre Fauteur» de Titon et F Aurore , je lui écrirais pour lui faire mon compliment» de n’ètre plus avec un prince, et pour le féliciter d’avoir retrouvé» sa liberté. » Il ne la retrouva pourtant pas, puisqu’il prit de nouveaud’autres liens; mais l’essentiel pour le bonheur n’est pas toujoursd’être libre , c'est de porter des chaînes agréables, et surtout deschaînes qu’on ail prises dans cette espérance. Celles qui attachaientMoncrif à la reine, avaient pour lui ce double et précieux avantage.Voltaire, qui le croyait si heureux d’être devenu son maître , sa-crifia lui même? quelques années, sa liberté au roi de Prusse , biendigne, à la vérité , d’un pareil sacrifice, mais il est vrai que le sacrificene dura pas.
(3) Moncrif ne sc contentait pas d’alimenter, si l’on peut s’expri-