670 ÉLOGE
Je sa bibliothèque il ne se trouva de livres français qu’un vo-lume dépareillé de Racine. Il faisait pourtant à l’Ariosle la grâcede dire de lui : « Pour ce fou-là , il m’a quelquefois amusé. Il y a,» disait-il encore , deux livres sur Homère que j’aimerais mieux» qu'Homère même ; le premier est Antiquitates Homericœ; le» second , Ilomeri gnomologia : avec ces deux livres , on a tout•> ce qu’il y a d’utile dans ce poète , sans avoir à essuyer tous>> ses contes a dormir debout. » Tel était le prix qu’il savaitmettre aux charmes de l’imagination et de l’harmonie poétique.Il n’estimait guère plus les sciences exactes, et joignait au tra-vers de les dédaigner celui d’attacher à ce dédain une espèce demérite. Selon lui, les Anglais n’avaient plus rien fait qui vailledepuis qu’ils avaient renoncé au grec et à l’arabe pour la géomé-trie et la physique. Enfin , quoiqu’il pe fut pas absolument in-crédule, car la Bible avait conservé de grands droits sur lui ,comme le seul livre franchement hébreu qui nous reste, il étaitd ailleurs très-dégagé , pour ne rien dire de plus , dans sa ma-nière de penser et de parler sur plusieurs objets de croyance ,que la religion nous a appris à regarder comme très-graves.Les moines de son abbaye du Jard lui demandant quel étaitson confesseur : Je vous le dirai, répondit-il, quand vousm’aurez nommé celui de votre père S. Augustin. On prétendque , lorsqu’il parlait des différentes religions , il disait quel-quefois : Vous autres chrétiens , comme il aurait dit, vousautres juifs ou mahométans. Nous pourrions le faire connaîtrepar des traits plus singuliers encore et plus libres , soit en lit-térature, soit dans des matières plus sérieuses; mais ceux quenous venons de rapporter suffisent pour montrer quels pouvaientêtre à la fois et les avantages et les inconvéniens de son com-merce. L’abbé Alary, quoique formé par ce savant, digne duseizième siècle , n’eut garde de l’imiter, ni dans sa critique unpeu brutale, ni dans ses préventions érudites, ni dans ses opi-nions hasardées ou dangereuses. Il apprit dans cette excellenteecole les langues savantes; mais il eut soin de cultiver en mêmetemps la sienne , et ne mérita pas la même épigrainme qu’uncertain pédant qui se vantait de savoir douze langues : Cela estvrai, dit quelqu’un , sans compter le français. Enfin il eut tou-jours beaucoup de goût pour la littérature agréable ; il en con-naissait les finesses ; il savait par coeur les plus beaux morceauxde nos poètes, qu’il se plaisait même à répéter dès qu’il en trou-vait l’occasion. D’ailleurs , il ne donna jamais dans aucun deces écarts reprochés à son maître ; il ne prit de son maître quece qu’il avait de bon, et dans ses connaissances et dans ses prin-cipes. I/abbé de Longuerue, quoique d’un savoir si profond et