DU COMTE DE CLERMONT. 677
du respectable récipiendaire était tout prêt ; nous ne devonspas oublier de dire qu’il avait été fait par le prince tout seul;et nous ne craignons pas d’assurer qu’en cette circonstance,nul écrivain de profession n’aurait aussi bien réussi que lui.Il avait bien voulu communiquer ce discours à quelques gensde lettres, et aucun d’eux n’y avait osé toucher, dans lacrainte de le gâter en cherchant à l’embellir ; son remerciaientà l’Académie , si nous osons lui donner ce nom , était écrit avecla simplicité noble qui convenait à un académicien si distingué,et au sentiment aussi vrai que flatteur dont il était pénétré pourla compagnie. Lui seul en effet pouvait exprimer ce sentimentavec la même vérité qu’il l’éprouvait. La nation, idolâtre de sesprinces , si disposée à leur tenir compte de tout, et à leur rendreavec usure les marques de bienveillance qu’elle reçoit d’eux, au-rait vu avec ravissement cet acte aimable Ae popularité littéraire ;le public , qui partageait la joie de l’Académie, eût dans son'ivresse accablé le prince académicien des plus vifs applaudisse-mens , et ce jour peut-être eût été pour le comte de Clermontun des plus agréables de sa vie. Mais par malheur pour lui etpour nous, les mêmes personnes qui lui avaient si ridiculementconseillé , comme l’a raconté Duclos, de n’entrer ici qu’avec desdistinctions de préséance , et qui n’avaient pu lui faire goûterleurs méprisables vues, réussirent au moins dans le conseil plusmaladroit encore qu’ils lui donnèrent, de ne pas venir prendreà sa réception la dernière place dans une séance publique ; commesi cette place , acceptée librement et par choix, eût pu dégraderun prince du sang ; comme si chacun de nous ne l’eût pas mis ,du fond de son cœur, à celle qu’il devait occuper; comine si lepublic ne l’eût pas toujours vu à notre tête dans le momentmême oh il aurait bien voulu ne paraître que notre égal ; commesi enfin l’honneur qu’il eût fait en ce moment aux lettres et àl’Académie , n’eût pas rejailli sur lui de la manière la plus écla-tante et la plus glorieuse '.
Ces mêmes adulateurs , les plus grands ennemis de la véritablegloire des princes, qui avaient fait craindre au comte de Cler-mont d’occuper un moment dans une assemblée publique laplace de récipiendaire, nous ont privés encore du plaisir dontnous nousétions flattés, de levoir assister quelquefois à nos séancesparticulières. Il n’y a paru qu’un seul jour, et nous savons qu’ilgémissait de ne pouvoir ou de n’oser y assister ; mais si nous encroyons des personnes à qui il s’en est ouvert avec confiance , ilredoutait les reproches , quoique très-déplacés, de quelques
1 Le comte (le Clermont, dit à cette occasion un académicien, oublie dausce moment-ci la maxime de l’Evangile : Que celui qui s'abaisse sera clerc.