DU COMTE DE CLERMONT. <> :f)
mémoire une reconnaissance éternelle. La déférence même quela compagnie a montrée pour son rang, en n’exigeant point delui un discours de réception , ne lui est point particulière. Lamême permission avait été accordée à des hommes en place ,Colbert et d’Argenson, à qui les occupationslesplus importantesne laissaient pas le loisir nécessaire pour composer leurs dis-cours, et qui néanmoins se sentaient dignes du choix de l’Aca-démie , pourn’emprunter en celte occasion le secours de personne.Il n’est pas à craindre qu’aucun membre de la compagnie ré-clame jamais une pareille faveur sans y avoir les droits les mieuxfondés ; et nous devons rendre cette justice à nos. confrères lesplus distingués par leur état, qu’il n’en est aucun qui ne marquele plus juste empressement à remplir les fonctions publiques«l’académicien quand le sort l’en a chargé ; aussi n’en est-il au-cun qui ne voie le public le payer par son suffrage d’avoir satis-fait à un si noble devoir ; les applaudissemens les plus marquéssont toujours la récompense infaillible de la dignité modeste quiveut bien s’offrir aux critiques ; et l’attention même qu’elle ade s’y soumettre , lui répond qu’elle n’en sera pas effleurée.
On assure que le célèbre prince de Conti, le même qui montraune si brillante valeur aux fameuses batailles de Steinkerque etde Nerwinde , le même que ses talens militaires et ses autresgrandes qualités firent nommer roi de Pologne par la plus sainepartie de la nation , avait désiré , comme le comte de Clermont,•d’entrer dans cette compagnie ; nous ignorons quelles circons-tances ont empêché que ce désir n’ait eu son effet, un tel évé-nement eût mis le comble aux distinctions dont l’Académie futhonorée sous le règne de Louis X1Y ; elle a été plus heureuseencore sous Louis XY, sou successeur , en possédant le comte deClermont; elle se plaint seulement de l’avoir possédé trop peu ;regrets d’autant plus pardonnables, qu’ils parlent d’un sentimenthonorable à sa mémoire.
Le comte de Clermont avait témoigné de bonne heure un goûtpour les lettres, qui semblait nous annoncer depuis long-tempsla satisfaction que nous avons eu de le voir parmi nous. Il avaitformé une société littéraire, aux assemblées de laquelle il assis-tait quelquefois, et qui avait pris le titre de société des arts.Celle espèce d’Académie devait réunir à la fois les sciences , leslettres et les arts mécaniques. Le projet était grand, mais tropvaste , et fut d’ailleurs trop mal combiné par ceux que le princeavait chargés de l’exécution. Cinq ou six académies seraient àpeine suffisantes pour remplir l’objet «]ue cette société prétendaitembrasser tout seule. D’ailleurs, les rédacteurs de ses statutsavaient conçu à ce sujet, pour ne rien dire de plus, une étrange