DU COMTE DE CLERMONT. (iB'i
Réponse au Mémoire de S. A. S. monseigneur le comie de Clermont .
« Nous ne pouvons nous imaginer que le mémoire que nous venons« délire, soit adopté par son altesse sérénissime , sans quoi nous» serions dans la plus cruelle situation. Nous aurions à déplaire à un» prince pour qui nous avons le plus grand respect, ou à trahir la» vérité que nous respectons plus que tout au monde.
» M. le comte de Clermont a été élu par l’Académie. Si ce prince» n’y entre pas avec tous les dehors de l’égalité , la gloire de l’Aca-» démie est perdue. Si le prince entrait dans celles des belles-lettres» ou des sciences , il serait nécessaire qu’il y eût une préséance mar->> quée, parce qu’il y a des distinctions entre les membres qui forment» ces compagnies. C’est pourquoi il fallut en donner au czar dans celle» des sciences, en plaçant son nom à la tête des honoraires.
» Mais depuis qu’à la mort du chancelier Séguier, Louis XIV eut» pris l’Académie sous sa protection personnelle et immédiate, sans» intervention de ministre, honneur inestimable que nous a conservé» et assuré l’auguste successeur de Louis-le-Grand , jamais il n’y eut» de distinction entre les académiciens, malgré la différence d’état de» ceux qui composent l’Académie. Si son altesse sérénissime en avait» d’autres que celles du respect et de l’amour des gens de lettres , les» académiciens qui ont quelque supériorité d’état sur leurs con-» frères, prétendraient à des distinctions, parviendraient peut-ctrc» à en obtenir d’intermédiaires entre les princes du sang et les gens.» de lettres. Ceux-ci n’en seraient que plus éloignés du roi, rien ne>> pourrait les en consoler ; et l’Académie , jusqu’ici l’objet de l’aip-. » hition des gens de lettres , le serait de la douleur de tous ceux qui» les cultivent noblement. L’époque du plus haut degré de gloire de» l’Académie, si les règles subsistent, serait celle de sa dégradation ,m si l’on s’écarte des statuts.
« Eu effet, dans la supposition qu’il n’y eût jamais de distinction« que pour les princes du sang, l’Académie n’en serait pas moins» dégradée de ce qu’elle est aujourd’hui. Elle ne voit personne entreh le roi et elle, que des officiers nommés par le sort. Chaque aca-e démicien n’est, en cette qualité , subordonné qu’à des places oii» le sort peut toujours l'élever.
ii M. le comte de Clermont est respecté comme un grand prince ,>i et de plus aimé et estimé comme un honnête homme. Il a trop de» gloire vraie et personnelle , pour en vouloir une imaginaire. Il n’a» besoin que de continuer d’être aimé; voilà l’apanage que le public« seul peut donner, et qui dépend toujours d’un suffrage libre.
» Il n’était pas difficile de prévoir qu’après les transports de joie» que la république des lettres avait fait éclater , l’envie agirait sousa le masque d’un faux zèle pour le prince.
» Si le czar eût écouté les gens’frivoles, il ne se serait pas faita inscrire sur la liste de l’Académie des sciences, la seule qui convînt» au genre de scs études. Néanmoins cc titre n’a pas peu servi à in-« tdresser à sa renommée la république des lettres.
ii Lorsque M. le comte de Clermont lit annoncer son dessein à