DE MILORD MARÉCHAL. tx^
et de franchise d’autant plus fait pour lui plaire, que ce caractèreétait le sien ; il pardonnait aux Espagnols, en faveur de ces raresqualités, le crédit qu’ils accordaient aux prêtres et aux moines,l’inquisition sous laquelle ils gémissaient, et cette déplorablesuperstition qui en est la suite malheureuse. Il était surtout pleinde reconnaissance du zèle qu’ils avaient marqué pour le Pré-tendant, quoique ce zèle n’eût été ni bien entendu, ni bienconduit, ni bien utile. Enfin son goût pour cette nation étaitsi décidé, qu’il en préférait même la cuisine à la nôtre, tropjustement célébré dans toute l’Europe, pour que le jugementd’un si faible connaisseur puisse blesser notre amour-propre , etalarmer nos prétentions sur ce grave et important avantage.
Lorsque l’Espagne fit la guerre à l’empereur en , milordMaréchal désira d’être employé. Sa Majesté catholique le refusad’abord , ne voulant que des catholiques comme elle dans lestroupes destinées à cette guerre, qui n’était pourtant pas unecroisade. Mais ce prince, scrupuleusement religieux, et de laconscience la plus timorée, craignait sans doute qu’en permet-tant à un hérétique de se faire tuer à son service , cette grâce ,jusqu’alors inouie dans ses Etats , ne devînt pour l’hérétique lacause, au moins occasionelle , de sa damnation. Sire, lui ditmilord Maréchal, s’il ne m’est permis de servir Votre Majesté,qu ad honores , je vous prie de ni’accorder ma retraite. Il obtintl’emploi qu’il demandait, et son zèle l’emporta sur les scrupulesdu monarque, qui se dispensa de consulter son confesseur surce cas de conscience, comme il faisait sur tous les autres. Lapieuse et orthodoxe délicatesse qui faisait tant appréhender àPhilippe Y d’employer dans cette guerre milord Maréchal, dutlui paraître d’autant plus étrange, que l’année précédente ilavait été nommé par ce même roi pour servir comme officier-général dans une expédition contre les Maures. Mais peut-êtrela cour d’Espagne était-elle persuadée qu’un chrétien, ortho-doxe ou non, qui périt dans une guerre contre les infidèles,obtient, s’il est nécessaire, le pardon de ses erreurs, en acqué-rant la palme du martyre.
Quoi qu’il en soit, cette guerre contre l’Empereur, qui futtrès-courte, étant finie , milord Maréchal vivait tranquille etheureux dans le royaume de Yalenc|, où il trouvait, disait-il,de bons amis, à commencer par le soleil , lorsqu’il apprit queson frère le maréchal Keith , qui était entré au service de la Rus-sie, avait été dangereusement blessé au siège d’Oczakovv. Il volaau secours de ce frère qu’il aimait tendrement, fit plus de millelieues pour l’aller chercher , le trouva disputant aux chirurgiens1 amputation de sa cuisse, lui sauva cette amputation , l’amena