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Tome troisième.
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DE MILORD MARÉCHAL. 6i,3

vais offices auprès de celui qu’il servait avec tant de zèle. Lejeune Édouard , presque aussi entouré de flatteurs et de fourbesque s’il eût été roi, avait pris contre son plus fidèle serviteurdes sentimens de défiance , dont les princes malheureux ne sontque trop susceptibles. Milord Maréchal crut avec raison qu’unsujet qui s’immole pour son souverain, mérite au moins son es-time et sa confiance; il prit avec douleur le parti de vivre dé-sormais pour lui seul, résolution d’autant plus pénible à soncoeur , que depuis long-temps ses infirmités la lut conseillaienten vain : mais il lui parut trop cruel de perdre à la fois sa vieet ses services. Il écrivit donc au Prétendant, qu’obligé par sonâge et par sa santé de renoncer au métier de la guerre , il n’a-vait plus désormais que des vœux à faire pour lui, quoique sonrespect et ses sentimens fussent toujours les mêmes i et commeil n’avait servi d’autres rois que pour l’amour de celui qu’il att-rait désiré de voir le sien, il quitta en même temps le serviced’Espagne, et dit un triste adieu à ce pays qu’il aimait tant,,pour aller s’établir à Venise.

Quand un principe si louable ne l’eût pas fait renoncer à cettecour, il aurait été forcé de prendre ce parti par les hauteursd’un ministre , qui avait succédé en Espagne au pouvoir d’Albé-roni ; car ce malheureux pays était condamné depuis long-tempsà être gouverné par tout autre que par son roi. Milord Maréchaln’était fait, ni par sa naissance pour essuyer ces hauteurs, nipar son caractère pour les souffrir. A la modestie qui lui étaitnaturelle, il joignait comme toutes les âmes honnêtes, cettenoble fierté qui repousse l’arrogance, et ne s’en laisse pas op-primer.

Il vécut à Venise dans une médiocrité que tout autre auraitappelée indigence, mais qui ne l’empêcha pas d’obtenir de cessages républicains toute la considération que méritaient ses ver-tus. Le roi George pouvait bien l’empêcher d’être riche , maisnon pas d’être estimé de tous ceux qui l’approchaient.

Sa situation n’avait point altéré la paix et la sérénité de sonâme. Les Jettres qu’il écrivait de Venise à ses amis, étaient as-saisonnées de la plaisanterie la plus philosophique. 11 s’égayaitdans ces lettres sur tout ce qui prêtait aux ridicules dans le gravepays qu’il habitait; il s’amusa surtout assez long-temps de l’his-toire lamentable d’un capucin, qui, pour entrer dans l’ordre séra-phique, avait abdiqué la place de doge, et mourut de chagrin den’avoir pas été élu gardien de sou couvent ; semblable en son mal-heur au fameux père Ange de Joyeuse, qui, devenu aussi capucinaprès avoir été maréchal de France, ne put, dit-on, survivreau désespoir de n’avoir pus été provincial de son ordre.