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Tome troisième.
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DE MILORD MARÉCHAL. 6yS

cette paix qu’elle s’obstinait à refuser. Cette négociation, si dignede réussir, fut traversée par des passions plus fortes que la rai-son et l’équité, mais d’autant plus violentes, que la haine d’unefemme pour le roi de Prusse en était le principe. Le chagrin d’a-voir échoué dans le bien qu’il voulait faire à tant de nations,dégoûta tout-à-fait milord Maréchal du métier d’ambassadeur,comme autrefois Catinat renonça au métier d’avocat pour avoirperdu une cause qui était juste.

Dans l’intervalle de ses deux ambassades , le roi de Prusse luiavait donné le gouvernement de Neufchâtel, qu’il"n’avait pointhésité d’accepter, croyant , disait-il, pouvoir se tirer du peu debien qu’il y avait à faire dans un si petit emploi. II se trompa, etce ne fut pas sa faute. Des querelles théologiques s’élevèrent dansce pays, à l’occasion d’un ministre protestant que ses confrères,très-orthodoxes , accusaient de ne pas l’être , et que le tolérantmilord voulait soutenir contre les persécutions qu’ils lui susci-taient. La haine religieuse eut plus de force que ses charitablesreprésentations , et même que l’autorité dont il voulut à regretfaire usage, après avoir épuisé les remontrances; et le sage gou-verneur éprouva qu’il était encore plus difficile de traiter avecdes théologiens qu’avec des rois. Il demanda son rappel et l’ob-tint. Cependant le roi de Prusse, toujours persuadé que le gou-vernement de Neufchâtel convenait parfaitement au caractèrephilosophique et paisible de son esprit, se contenta d’abord denommer à sa place un vice-gouverneur : mais milord Maréchallui représenta que les prédicans de cette ville républicaine étaienttrop remuans pour le laisser jouir du repos nécessaire à son âge;qu’il n’était pas possible de les faire vivre en paix ; qu’ils caba-laient sans cesse les uns contre les autres , et tous contre le gou-vernement. Le roi se rendit à ses instances; et résolu de garderdésormais auprès de lui un homme dont il ne s’était privé qu’àregret, il fit, aux ridicules plaintes de ces prêtres séditieux , uneréponse telle qu’ils devaient l’attendre de la part d’un princephilosophe , qui détestait leur fanatisme et méprisait leurs que-relles (9). .

Pendant ce temps l’illustre monarque, allié pour lors del’Angleterrç, profita de cette circonstance pour obtenir du çoiGeorge II la réhabilitation de milord Maréchal, dont la pres-cription subsistait toujours , quoique depuis long-temps elle nefût plus méritée. Le prétendu coupable était bien loin de de-mander grâce, et ne savait pas même que le roi de Prusse lasollicitât. L’Angleterre se fit un devoir et un plaisir de donnerà son respectable allié cette marque de déférence. Milord Maré-chal , pour en recueillir le fruit, fut obligé de faire un voyage