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DE MILORD MARÉCHAL.
leurpëre. Quand ils l’avaient servi quelque temps avec fidélité,et qu’ils voulaient aller revoir leur patrie, il leur assurait despensions proportionnées à leurs besoins et à la durée de leursservices. Ses bienfaits font vivre encore aujourd’hui plusieursd’entre eux qui l’avaient quitté depuis long-temps , et qui bénis-sent sa mémoire.
Comme sa bonté pour eux était sans égale , rien n’égalait aussileur attachement et leur zèle. Son vieux secrétaire, presque aussiâgé que lui, n’étant plus en état de lui être utile , était resté àNeufchâtel, où il subsistait d’une pension que milord Maréchallui avait faite. Il ne put vivre long-temps éloigné de son chermaître, c’est le nom qu’il lui donnait dans ses lettres , et revintà Postdam mourir auprès de lui.
Il prenait indifféremment ses domestiques dans toutes les na-tions , catholiques ou hérétiques , chrétiens ou infidèles : il y eutmême un temps où pas un de ceux qui le servaient n’était bap-tisé. Ce n’était point , comme nos Français le pourraient croire,un choix d’affectation , personne n’aurait plus dédaigné que luiune singularité si futile pour un vrai philosophe. C’était un con-cours de circonstances qui lui avait, disait-il, donné sa petitehorde tartare , dont il s’accommodait assez. Un d’eux, qui venaitdu Thibet, se disait de la race du grand Lama,; et comme cegrand Lama est le souverain pontife du pays , milord Maréchalappelait ce domestique son grand aumônier.
Aussi éloigné de vouloir des esclaves que de l’être lui-mêmede personne, il commençait par rendre aux siens la liberté, etleur procurait ensuite une éducation convenable à leur état,propre à en faire d’honnêtes gens et des hommes utiles. Il ne lesforçait pointa changer de religion , s’abstenait même de leur enpjtrler jamais, et leur laissait sur ce point la liberté la plus ab-solue. Mon affaire, disait-il , est qu’ils soient heureux et ver-tueux en ce monde , la leur est de s’arranger pour l’autre ; et ilajoutait, en faisant l’éloge de ses bons et fidèles Tartares : Jesuis très-content de mes incirconcis ; ils ne me serviraient pasmieux, quand ils auraient l’honneur d’être chrétiens.
Le tableau simple et touchant de cet intérieur doux et tran-quille, retrace en milord Maréchal un de ces anciens patriarchesentourés d’une famille dont ils faisaient le bonheur , et ne voyantautour d’eux que des êtres reconnaissans, dont ils étaient chériset respectés. Aussi une femme de ses amis, comme lui sage etbienfaisante, ne l’appelait que le bon Abraham ; et milord Ma-réchal, dans les lettres qu’il lui écrivait, signait toujours cenom, qu’il aimait à tenir et à recevoir d’elle. Une autre amielui donnait un nom dont il n’était pas moins digne , celui du bon