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Tome troisième.
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ÉLOGE

vieillard de Tom Jones, M. AIworthy ; milord Maréchal luiressemblait en effet par sa bonté indulgente pour les Tom Jones,qui, avec l’extérieur dit déréglement, conservent dans la fouguedes passions le sentiment de la vertu, et par son éloignementpour les Blifils, qui cachent sous l’extérieur de la vertu toute lanoirceur du vice, et sous une douceur perfide le mépris des re-mords.

Parmi ces étrangers venus de Tartarie ou d’ailleurs à milordMaréchal, et qu’il appelait sa petite famille , se trouvait made-moiselle Emeté, fille d’un capitaine des janissaires ; elle avaitété retirée , encore enfant, des ruines d’Oczakow à la prise decette ville par les Russes , et son frère, le général Keith, la luiavait donnée. Milord Maréchal, qui l’avait élevée avec soin , sentitdu goût pour elle, lorsqu’elle fut parvenue à l’âge d’en inspirer.Je suis votre esclave, lui répondit cette jeune personne ; mais sivous usez de vos droits , vous me mettrez au désespoir. Je vousaime comme le père le plus tendre, mais je ri ai pas d’autres sen-timens pour vous.. .. Ne puis-je espérer de vous inspirer jamaiscelui que j’éprouve? lui dit son respectable maître. Non, répon-dit-elle avec toute la naïveté de la jeunesse et de la vertu. Dèscet instant milord ne l’aima plus que comme sa fille; il lui fitfaire un mariage honnête: et lorsqu’il allait partir, en 1744,pour la guerre d’Ecosse , il lui assura deux mille écus de rentesur les biens qui lui restaient encore dans ce royaume, quoiqu’iln’en eût pas la jouissance. Il savait pourtant que le maréchalKeith , qui vivait encore , et qui n’avait pas été comme lui pros-crit et condamné, pouvait rentrer dans ces biens après sa mort ;mais il ne douta pas un moment que son legs ne fût acquittéavec scrupule. Ce trait de noblesse et de confiance prouve l’estimeque milord Maréchal avait pour son frère , et ce frère la justifiabien. Il fut tué , comme l’on sait, au service du roi de Prusse,et milord Maréchal, qui lui survécut, écrivait à madame Geof-frin, sa digne et ancienne amie : Mon frère m’a laissé un belhéritage. Il venait de mettre à contribution toute la Bohême, ùla tête d’une grande armée, et je lui ai trouvé soixante et dixducats (r 3 ).

Pendant son séjour à Neiifchàtel ,”il avait connu et goûté lecélèbre J. J. Rousseau , qui, obligé de sortir de France , étaitvenu chercher dans ce pays libre un repos qu’il n’y trouva pas.Forcé bientôt à se séparer de milord Maréchal, il en éprouva lesbontés, même après cette séparation (i 4 ). Le philosophe genevoislui écrivit un jour, qu’il était content de son sort ; mais qu’ilgémissait sur les malheurs dont sa femme était menacée , en casqu’elle vînt à le perdre; qu’il voudrait seulement lui procurer ,