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Tome troisième.
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DE MILORD MARÉCHAL. -joi

par son travail, six cents livres de rente. Milord Maréchal se fitun plaisir de donner à cette lettre le sens que lui suggéraient 'l’élévation et la bonté de son âme: il assura au mari et à lafemme la rente qui manquait à leur bonheur.

La vérité nous oblige de dire, et ce n’est pas sans un regretbien sincère, que le bienfaiteur eut depuis fort à se plaindre decelui qu’il avait si noblement et si promptement obligé. Mais lamort du coupable , et les justes raisons que nous avons eu denous en plaindre nous-mêmes, nous obligent de tirer le rideausur ce détail affligeant, dont les preuves sont malheureusementconsignées dans des lettres authentiques (i5). Ces preuves n’ontété connues que depuis la mort de milord Maréchal ; car il gar-dait toujours le silence sur les torts qu’on avait avec lui : et soncœur indulgent ne lui permit jamais la médisance , ni même laplainte.

Autant il était réservé à parler des fautes et des travers d’au-trui , autant il aimait à célébrer les belles actions. On les oublietrop tôt , disait-il , et on ne les loue pas assez . Il exaltait surtoutavec chaleur le courage des Sidney, des Barneweldt, et desbravescitoyens qui avaient péri sur l’écliafaud pour la défense de laliberté de leur pays. Car la haine de l’oppression et du pouvoirarbitraire était le sentiment qui dominait dans son âme ; et laplupart des livres qu’il avait possédés dans sa jeunesse , portaientl’inscription patriotique : Manus hœc inimica tyrannis (cettemain est l’ennemie des tyrans). Aussi l’extrême douceur de soncaractère l’abandonnait , lorsqu’il entendait raconter quelqueaction criante d’injustice ou de vexation ; cette âme, d’ailleurs siprête à pardonner, s’enflammait alors , et aurait voulu exercersur les oppresseurs la vengeance que l’humanité réclamait contreeux.

Un autre sentiment, qui ne lui fait pas moins d’honneur, leforçait encore d’oublier quelquefois son indulgence naturelle ;c’était lorsqu’on attaquait en sa présence le grand monarque sonbienfaiteur. Il se brouilla avec un homme de lettres, qui, vivantcomme lui dans la société intime de ce prince , était le frondeuréternel de toutes ses actions et de toutes ses paroles. Je ne veuxpas , lui dit milord Maréchal, être l’ami d’un homme qui mangetous les jours à la table du roi, et y ramasse du fiel pour le ré-pandre. Il refusa, par la même raison , de voir un officier prus-sien très-connu, qui honoré des grâces du monarque , et secroyant apparemment dispensé de la reconnaissance, se per-mettait sur ce grand prince des discours aussi injustes que peumesurés. Mais ce même officier étant tombé dans la disgrâce duroi, et devenu par-là l’objet infortuné d’un délaissement général,