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milord Maréchal le retira chez lui , et le consola dans l’abandon' où if était réduit par sa faute. N’oublions pas d’ajouter à la gloired’un prince également supérieur à la satire et aux éloges , quecet infortuné proscrit mourut quelque temps après,' sans rienlaisser à sa famille , et que le monarque outragé a pris soin decette famille innocente et malheureuse (16).
La plupart des hommes aiment la vie; quelques uns feignentde la détester pour- paraître philosophes. Milord Maréchal nelui faisait l’honneur ni de l’aimer ni de la haïr. Un ami, qui nel’a presque point quitté durant ses dernières années, assure l’avoirvu plus d’une fois dans une sorte d’affaissement et d’accablementmortel dont il ne paraissait pas pouvoir se relever, parlant desa fin sans faste et sans faiblesse , et pensant, disait-il , avec unancien sage, que nous devons quitter la scène du monde aussitranquillement qu’un acteur sort du théâtre , apres avoir bienou mal joué son personnage. Ce sentiment lui était si naturel ,qu’il l’étendait en quelque manière jusque sur ses amis. Quandil apprenait leur mort , il en paraissait d’abord assez peu touché:cette froideur apparente avait un motif que n’auraient pas soup-çonné les âmes vulgaires, la sincérité de son attachement poureux ; il était, dans ces premiers momens , moins occupé du mal-heur qu’il avait de les perdre , que du bonheur qu’il leur suppo-sait d’être affranchis des maux de l’humanité. Mais quelquesmois après, sentant tous les jours de plus en plus combien ilsmanquaient à «on bonheur , il exprimait toute la vivacité de sesregrets, racontait leurs bonnes actions et célébrait leurs vertus ;par cet hommage de son cœur, il aimait, disait-il, à les faireun moment renaître dans la mémoire des autres hommes , lors-qu’ils en étaient déjà presque effacés , et ne vivaient plus quedans la sienne (17).
Au milieu des troubles dont sa vie avait été agitée, son âmefut toujours si calme, qu’il assurait n’avoir jamais connu l’inquié-tude , ni perdu même un instant de sommeil; et ceux qui leconnaissaient n’hésitaient point à le croire : car personne n’avaitplus d’aversion pour l’ostentation la plus légère. Cette tranquillitési désirable et si rare tenait à celle de saconscience, où il pouvaittoujours descendre en paix , sans avoir à craindre d’être ni hu-milié ni troublé en présence de ce témoin sévère , que tant d’au-tres craignent d’interroger.
Par une suite du sentiment doux et paisible qu’il avait de sonexistence physique et morale , sa vie était de l’uniformité la plusparfaite ; un jour ressemblait à tous les autres. Aussi ne connut-iljamais l’ennui, ce tourment infaillible et cruel de ceux qui nesavent ni garder leur place , ni en trouver une meilleure, et qui