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Tome troisième.
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I)K MILORD MARÉCHAL.

s’agitant continuellement pour s’éviter, ont le malheur de seretrouver toujours. Et comment, disait-il , aurais-je le front oule courage de ni ennuyer, ayant sous mes yeux Fexemple rared’un prince qui ne s’ennuie jamais ? Ce roi, qui ne s’ennuyaitpoint, demandait un jour * en présence de milord Maréchal, àun homme de lettres qu’il honorait de ses bontés, ce que c’étaitque l’ennui? Sire, lui répondit l’homme de lettres, ce n’est nià vous , ni à milord, ni meme à moi qu’il faut faire celle ques-tion ; mais si J otre Majesté t'eut faire un petit voyage dansles autres cours de l’Europe, elle y recueillera de bons mé-moires sur celle maladie, et peut-être en prendra-t-elle sa part.

Milord Maréchal aimait la lecture ; mais il mettait un choixassorti à sa manière de sentir et de penser. Parmi les écrivainsde notre nation, Molière, Montaigne et Voltaire étaient sesauteurs favoris ; et il faut avouèr que cette petite bibliothèquefrançaise fait assez d’honneur à sa philosophie et à son goût (18).Don Quichotte en espagnol , en italien l’Arioste, en anglais lespoètes comiques , en latin tous les bons auteurs connus , faisaientencore ses délices. 11 aurait volontiers borné ses lectures à ce petitnombre de volumes , qu’il relisait sans cesse , et qui avaient pourlui des grAces toujours nouvelles. C’est pour cela que sur la finde sa vie il se félicitait en quelque sorte de la perte de sa mé-moire. J'en aurai, disait-il , plus de plaisir à relire les bonslivres , dont je ne me souviens plus (19).

Il plaisantait avec le même sang-froid , dans ses vieux jours ,sur l’affaiblissement de son ouïe et de sa vue. Ayant lu dans unouvrage moderne , que les hommes mûrissent et tombent commeles fruits , et que la mort est pour eux le point de maturité par-faite, il écrivait à un ami : Je crois que je serai bientôt mûr;à peu près comme Vespasien , prévoyant sa mort prochaine etson apothéose qui devait la suivre, dis'ait h ses courtisans : Jesens que je deviens dieu.

Sa tête, toujours saine et éclairée , jugeait avec la plus équi-table impartialité les événemens , les hommes et les livres , et ap-préciait tout à sa juste valeur : Nil admirari ( nôtre enthousiastede rien) était sa devise favorite. Si nous en croyons Horace ,c’est la devise des gens heureux ou faits pour l’être •. Aussi mi-lord Maréchal le fut-il dans toutes les circonstances de sa vie ,dans celles même oii on l’aurait cru le plus à plaindre; parce quele bonheur tient encore plus au caractère qu’on a reçu de la na-ture , qu’aux situations oii l’on se trouve placé par la destinée.

' -AÏ 7 admirari prnpè res est una , Numici,

Solaque, qurr passif ftu'ere et servare beaturn.

lloniT. lib. t, episl. 6 .

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