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Comme il avait beaucoup voyagé, par conséquent beaucouptu , et surtout observé en philosophe l’espèce humaine , sa con-versation était très-agréable , et semée d’anecdotes intéressanteset curieuses. Il aimait à conter ; mais ne contait jamais qu’àpropos , avec simplicité, quoiqu’avec finesse , et surtout avec cebon goût qui écarte les détails inutiles ; recette dont la plupartdes conteurs de profession auraient si grand besoin , pour le biende ceux qui les écoutent. Ses contes étaient ordinairement unerépartie délicate et ingénieuse aux sottises qu’il entendait dire.C’était là sa manière de plaisanter ; il avait du talent, et mêmeassez de goût, pour ce genre de conversation , aussi piquant quedangereux : mais il en usait toujours avec le ménagement quelui prescrivaient à la fois la finesse de son tact et sa bonté natu-relle ; et surtout il ne se permettait jamais de raillerie que surce qui était digne de cette punition légère. Il répétait souventun mot qu’il avait ouï dire à Fontenelle , et qui lui paraissaitavec raison devoir inspirer un grand respect pour sa mémoire :J’ai cent ans, disait ce philosophe, je suis Français, et jemourrai avec la consolation de n’avoir jamais donné le moindreridicule à la plus petite vertu.
Avec la contenance la plus modeste, milord Maréchal avaitl’air noble et distingué ; son maintien annonçait à la fois et ladignité de son âme , et la simplicité de ses mœurs.
Il parlait lentement, même dans sa langue , et s’énonçait enfrançais avec peine : mais cette peine même et cette lenteuravaient quelque chose d’agréable , par la naïveté originale de sonlangage, et par les expressions peu communes qui en résultaient.
On peut se former une idée de son genre d’esprit, et mêmede sa conversation , par quelques fragmens de ses lettres , oh ceuxqui l’ont connu croiront l’entendre. Soyez persuadé, écrivait-ilde Neufchâtel à un homme de lettres qu’il aimait, de toute l’es-time que j’ai pour votre douceur, bon sens et esprit , que je nemets pas le premier, selon mon tarif ; mais gardez—moi le se-cret , je n’oserais pas même l’avouer en Suisse.
Il écrivait encore à la même personne, qui lui avait envoyéun livre de philosophie : J’ai lu avec un grand plaisir votre ou-vrage ; j’étais content de moi-même, en trouvant que je l’enten-dais. Je veux user de mon droit de vieillard pour faire des contes.J’avais un précepteur qui avait la vue mauvaise ; il se promenaità Edimbourg avec un ami qui ne l’avait pas meilleure : ni l’unni l’autre n’avaient jamais vu l’heure à l’horloge de la grandeéglise. Mon précepteur ayant jeté les yeux sur l’église , il luiparut qu’il voyait l’heure, à son grand étonnement ; l’autre, semoquant de lui, regarda aussi l’horloge , et s’écria que eertai-