DE MILORD MARÉCHAL. 7 „ 7
Mentent il voyait l’heure : ils s’informèrent s’il était vrai; il l’é-tait : les voilà dans la plus grande joie tous deux. Les pauvresgens ne. s’aperçurent pas que leur vue était toujours égalementfaible, mais qu’on avait changé le cadran pour rendre les chiffresplus clairs. Don soir.
P. S. Je viens de lire le Dictionnaire Philosophique, ouvrageplus plaisant que sage. Il est bon que tout le monde ne soit passage. Pangloss.
Une personne distinguée qui désirait d’acheter une principautédans les Etats du roi de Prusse , pria milord Maréchal de secharger de cette négociation. Je crois , répondit-il, que Gradassolui-méme, quand il reviendrait au monde , échouerait s’il vou-lait avoir une j/rovince de ce roi-ci, comme il échoua quand ilvint avec toute sa puissance et toute la richesse de l’Orient, pouravoir, de gré ou de force, Bayardo et Durlindana. Une autreraison nous empêcherait de réussir. Le roi n’est pas obéré ; il vautmieux s’adresser à ceux qui le sont ; sa majesté impériale n’est pas
bien dans ses affaires ; le duc de TV . a souvent la bourse
vide ; sa magnificence surpasse ses richesses : j’en pourrais encorenommer d’autres, mais je suis un négociateur discret (20).
Plus il était tolérant sur la religion , moins il souffrait qu’onvoulût troubler ou altérer celle de personne. Il ne permettaitguère qu’on traitât cette matière en sa présence, surtout devantles sots, si bien faits pour abuser de tout, soit qu’ils se parent,sans savoir pourquoi, de leur aveugle croyance , soit qu’ils af-fichent avec la même ineptie leur imbécile incrédulité. Il gar-dait lui-même sur ce sujet un silence qui lui coûtait peu, et nele rompait jamais que pour recommander à ses amis de toutesles sectes cette charité mutuelle , le premier de tous les préceptesreligieux. Cependant il se laissait aller , mais sobrement et rare-ment , à d’innocentes plaisanteries sur des superstitions absurdeset sans conséquence. Pendant qu’il était à Rome , un cardinalvoulait lui persuader la vérité de je ne sais quel prodige, quivenait d’être opéré sur une femmelette par je ne sais quelle ma-done. Milord Maréchal se montrait trop incrédule. Pourquoirefusez-vous de croire à ce miracle, lui dit le cardinal, vouscroyez bien à la Trinité ? Il fit à cette ridicule question la ré-ponse que méritait l’indécence du parallèle. Ce mystère, lui dit-il , épuise et absorbe toute l’étendue de ma foi ; il ne m’en restepas , à mon grand regret, pour les merveilles que vous débitez ;elles excéderaient la mesure de soumission dont je suis capable,et qui pourrait bien s’évaporer toute entière, si je souffrais qu’onvoulut enfer mon symbole du plus léger article.
Une grande dame , très-catholique et très-dévote , qu’il voyait