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Tome troisième.
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n <>8 ELOGE

beaucoup en Espagne, et qui avait pris sa conversation fort àcœur , voulut lui persuader de même la vérité d’un autre miraclequi se pratiquait alors journellement dans le pays. C’était unerace d’hommes, qui au moyen d’un charme, bien et dûmentapprouvé par l’inquisition, pour arrêter les incendies , avaientde père en fils le rare privilège d’entrer dans le feu sans se brûler.Pour ce prodige-là , répondit milord Maréchal, je le croiraivolontiers , à condition que j’allumerai moi-même le feu , et queje serai présent à l’opération d’une si grande merveille. Sonamie, qui ne doutait pas du succès, consentit à la proposition ,et fit même préparer le feu : mais l’homme de Dieu qui devait yentrer, déclara qu’il ne s’exposerait jamais à un feu allumé parun hérétique; qu’on y avait sûrement mêlé des sortilèges, etqu’il les sentait de loin. L’inquisition l’appuya dans son refus , etpensa même se fâcher sérieusement de la proposition que milordMaréchal avait faite ; elle était bien digne de protéger un pareilthaumaturge. Cependant elle voulut bien s’apaiser, en faveurd’un hérétique si respectable par ses vertus, s’il ne l’était pas parsa croyance. Elle prit même tant de confiance en sa probité ,qu’elle lui permit de faire venir tous les livres qu’il lui plairait,sous la simple promesse de n’en prêter aucun à des catholiques;il le promit, et tint parble.

Il s’amusait aussi quelquefois aux dépens des ministres de sapropre religion, qui dans leur conduite ou dans leurs discourss’étaient montrés indécens ou ridicules. Il avait connu , disait-il,un pasteur de village, qui ayant quitté sa paroisse pour se fairemarchand de lanternes, fut rencontré dans une foire par unede ses ouailles , fort étonnée de lui voir débiter cette marchan-dise. Mon enfant, lui dit le ministre, je vous ai conté autrefoisbien des lanternes ; aujourd’hui je voudrais vous en vendre.

On sera sans doute étonné d’apprendre que, tout protestantqu’il était, milord Maréchal jouissait, par donation du Saint-Siège , d’un grand nombre d’indulgences plénières et perpétuelles,que ses ancêtres catholiques lui avaient laissées, et dont il faisaitpart à ses amis. Quelque temps avant sa mort , il m’en envoyadouze ; je voudrais bien les avoir payées par un hommage plusdigne du donateur (21). J’aurai du moins la satisfaction quem’envieront très-peu de panégyristes , de n’avoir presque pasune ligne qui soit à moi dans le faible monument que je viens deconsacrer à la mémoire respectable et chérie de ce philosophevertueux; milord Maréchal a fourni seul, par ses actions et parses discours, les différens traits du tableau que je viens detracer; et je pourrais intituler cet écrit: Eloge d’un homme debien, fait par lui-même. L’ami fidèle et vrai auquel, pour ainsi