DK MILORD MARÉCHAL. 71 3
niatre nommé Petit-Pierre qui, soit persuasion, soit désir de faireparler de lui, avait prêché publiquement dans sa paroisse contre l’é-ternité des peines de l’enfer, hérésie intolérable dans l’église catho-lique, mais très-pardonnable dans celle des protestans, qui presque tousaujourd’hui rejettent cette effrayante éternité. Les pasteurs de Neuf-chàtel, attachés encore à l’ancienne doctrine, ou voulant seulementle paraître, osèrent déclarer au roi de Prusse, suivant le style ordi-naire , que leur conscience ne leur permettait pas de souffrir l'héré-tique Petit-Pierre au milieu d’eux, malgré la protection dont ce grandprince l’houorait. Le roi répondit, que puisqu'ils avaient si fort àcœur d’étre damnés éternellement , il y donnait volontiers les mains , ettrouvait très-bon que le diable ne s’en fit faute.
Ceux de nos lecteurs qui seraient curieux de savoir, ce qui est aufond très-peu important, quelle est la croyance actuelle des ministresréformés sur l’éternité des peines de l’enfer, peuvent avoir recours aucatéchisme tout récemment imprimé à Genève, par M. Yernes, sa-vant pasteur de celte ville. Ils concluront de cette lecture, que le doc-teur Petit-Pierre n’aurait pas dû être jugé si rigoureusement, ou dumoins ne le serait pas aujourd’hui. Ils verront aussi dans ce même ca-téchisme la manière de penser des protestans de nos jours, sur ladivinité du Verbe, la Trinité, le Saint-Esprit, l'Incarnation, etc. L’au-teur de l’article Genève , dans l’Encyclopédie, avait annoncé, il y aplus de vingt ans, combien le symbole des pasteurs genevois était de-venu court sur ces différens articles. Il essuya pour lors, à cette oc-casion, beaucoup d’injures, auxquelles, suivant son usage, il ne ré-pondit pas un seul mot. Bientôt les ministres eux-mêmes ont pris soinde le justifier par leurs propres écrits. Le célèbre J. - J. Rousseau,très-content, il y a vingt années, de sa patrie et de ses pasteurs, lesavait charitablement défendus sur les prétendues imputations del’article Genève. Mécontent depuis de cette même patrie et de cesmêmes pasteurs, il n’a pas hésité à confirmer, avec la plus grande force,tout ce qu’il avait si hautement attaqué dans cet article. Ecrivainshonnêtes, qui ne laissez pas aller votre plume au gré de vos intérêtsou de vos passions, n’oubliez jamais ce mot d’un ancien sage: Disla vérité , souffre les injures, et prends patience ; tôt ou tard la véritéte fera justice.
(10) Dans le voyage que milord Maréchal fit en Ecosse, pour re-cueillir les fruits de sa réhabilitation, ses compatriotes eurent uneoccasion bien touchante de lui faire connaître l’amour et la véné-ration qu’ils avaient pour lui. En conséquence de sa proscription ,presque toutes ses terres avaient été vendues par le fisc. L’acquéreurfit une faillite considérable, et ses créanciers firent revendre les mêmesterres peu après l’arrivée de milord Maréchal. Il ne sc présenta auxenchères que des étrangers. Les députés de la nation supplièrent mi-lord d’y paraître; il les remercia et les refusa. Tous ensemble lui di-rent, sans vouloir écouter ses représentations : Nous ne vous deman-dons que votre procuration pour paraître à votre place , vous ne pouvezpas nous la refuser, si vous avez pour nous quelque estime. La procura-