:if> notes sv n j ,'éloge
mettait , pour ne pas être attaqué à l’improviste : mais les ordresqu’il donna ne furent point exécutés , comme ils ne l’ont presquejamais été dans les occasions où la fortune n'a pas favorisé ses armes.Le maréchal Keith, qui connaissait comme le roi tous les désavantagesde ce camp , et qui était bien sur de ne rien apprendre là-dessus àce f prince , lui disait la veille de l’affaire : Convenez , Sire , que si lesgénéraux autrichiens nous laissent tranquilles dans le camp que nousoccupons, ils méritent d’être pendus. Le roi sourit, et ne s’attendaitpas , non plus que son digne général, au malheur qu’il allait avoirde le perdre.
Mais ce qui fait le plus grand honneur au courage et au coupd’œil de ce monarque, c’est qu’une heure après la perte de la bataille ,une personne qu’il honorait de sa confiance lui ayant demandé , sil’avantage que venaient d’obtenir ses ennemis aurait pour lui dessuites plus fâcheuses : Je ne puis vous le dire , répondit-il, que dansvingt-quatre heures. Il s’expliqua plus clairement le lendemain. LesAutrichiens, dit-il à la même personne, n’ont pas su tirer parti deleur succès : nous resterons ici , et nous ferons lever le siège de Neiss ;ce qui arriva.
Ajoutons , pour terminer ce récit intéressant, que le jour où Fré-déric essuya cet échec, si peu mérité et si bien réparé , il eut encorela douleur de perdre sa sœur la plus chérie, ia margrave de Bareith ,qu’il aimait uniquement, et dont il était tendrement aimé. J’ai en-tendu dire à ce prince, que ce moment avait été le plus affreux desa vie , et qu’il ne savait pas comment il avait eu la force de résisteraux deux coups si cruels dont le sort l’accablait à la fois. Peut-être,et c’est un paradoxe que nous soumettons au jugement des philo-sophes , peut-être les âmes actives et ardentes sont-elles moins àplaindre d’éprouver à la fois deux grands malheurs , que de n’enessuyer qu’un seid. Agitées successivement et violemment en senscontraires par le double objet de leur douleur , et forcées à chaqueinstant de s’arracher à l’un pour se précipiter vers l’autre , cette agi-tation même rend leur situation moins horrible , en leur épargnantle supplice invariable et sans relâche d’un cœur fixement attaché auseul objet qui le déchire ; à peu près comme un malade qui souffreen plusieurs parties de son corps , se soulage en changeant de placedans le lit où il est étendu , et se trouve moins malheureux que si ladouleur ne permettait aucun mouvement à ses membres.
(i4)La seule satisfaction que le gouverneur philosophe de Neul-ehâtel éprouva dans cette place , d’ailleurs si peu agréable pour lui,fut d’adoucir pendant quelque temps le sort du citoyen de Genève ,persécuté par les mêmes ministres qui avaient déjà chassé le docteurPetit Pierre. Cependant, il fallut enfin , après la retraite de milordMaréchal, que ce malheureux et célèbre écrivain , déjà proscrit enFrance et dans sa patrie , échappât aussi par la fuite à ses nouveauxoppresseurs. Le roi de Prusse, d’ailleurs peu enthousiaste de Rousseau,mais indigné de la rage théologique de ses fougueux adversaires, leurécrivit ce peu de mots :