7>« NOTE S SUR L’ÉLOGE
d’autrui n’était en lui ni faiblesse, ni pusillanimité. 11 souffrait si im-patiemment tous les discours qui pouvaient offenser ce grand prince,qu’il se trompait même quelquefois sur le vrai principe de ces dis-cours, et prenait pour un crime d’ingratitude à l’égard du roi, desmécontentemens qui n’avaient pour cause qu’une malheureuse et cha-grine mélancolie. Un de ces détracteurs, par exemple, venu de Pro-vence à Berlin avec une sa nté délabrée, que les climats du nord étaientpeu propres à rétablir, ne se trouvait bien que dans les lieux où iln’était pas; à Berlin il exaltait la Provence, en Provence il regrettaitle séjour de Berlin. Je crois, lui disait un jour milord Maréchal, quedans les champs Elysées vous seriez mal à votre aise, et donneriez auTartare la préférence.
(17) Un des hommes que milord Maréchal aimait le plus, et qu’ilregretta davantage, était M. Mitchell, envoyé d’Angleterre à la courde Berlin, homme de beaucoup d’esprit et de mérite , et que le roi dePrusse honorait d’une estime distinguée. C’est avec lui que ce princeeut en 1762, à la fin de la dernière guerre, une conversation qui mé-rite d’être conservée, par le sel qu’on y trouvera de part et d’autre.Monsieur Mitchell, lui dit le roi ,je me flatte que cette année l’Angle-terre fera de nouveaux efforts pour obtenir, par des succès éclatons, unepaix dont nous avons tous si grand besoin. — Sire, il faut espérer qu’a-vec le secours de la Providence, nous forcerons nos ennemis à cette paixsi désirée. — La Providence! Je ne vous connaissais pas cet allié-là.— Hélas! sire, c’est le seul qui ne nous coûte point de subsides. — Ilme paraît qu’il vous sert pour votre argent.
On pourrait former un recueil très-intéressant et très-curieux desdits mémorables de Frédéric, dont nous venons de rapporter un exem-ple , et surtout des excellentes reparties qu’il a faites en diverses occa-sions. Nous en citerions plusieurs, si de très-graves personnages n’yétaient pas intéressés. Nous nous contenterions de rappeler ce qu’ildit sur le champ de bataille de Lissa , après cette journée mémorable,où, en moins de deux heures de combat, il dissipa l’armée ennemie,prit l’artillerie , le bagage, les drapeaux, etc., et fit, tant le jour mêmede la victoire que les suivans, plus de cinquante mille prisonniers.Les Autrichiens avaient eu, quelques semaines auparavant, et en sonabsence, des avantages considérables, qui mettaient ce prince dans leplus grand danger. Je crois , lui dit un de ses officiers, dans l’instantoù la bataille de Lissa venait de finir , que les généraux ennemis netiennent pas en ce moment des propos aussi avantageux que ceux qu’ils sepermettaient il y a quinze jours sur votre majesté. Je leur pardonne,répondit le roi, les sottises qu’ils ont pu dire , en faveur de celles qu’ilsviennent défaire. Ce prince pouvait se permettre de parler ainsi, aprèsles marques de courage qu’il avait données au moment où il allait livrercette bataille si hasardeuse et si décisive. On lui représenta que l’ar-mée ennemie était double de la sienne : Je le sais, répondit-il, mais ilne me reste plus d’autre ressource que de vaincre ou de périr; je les atta-querai, fussent-ils sur les clochers de Breslaw. Un roi qui s’exprime dela sorte, h la tête d’une armée qu’il commande réellement en personne,