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Tome troisième.
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DE MADEMOISELLE DE L’ESPINASSE. 72 5que vous plaisez généralement, c’est encore par votre caractère.Quoique vous sentiez très-bien les ridicules , personne n’est pluséloigné que vous d’en donner ; vous abhorrez la méchanceté etla satire : vous ne haïssez personne',' si ce n’est peut-être une seulefemme, qui, à la vérité, a bien fait tout ce qu’il fallait pour êtrehaïe de vous ; encore votre haine pour elle n’est-elle pas active ,quoique la sienne à votre égard le soit jusqu’au ridicule , etjusqu’à un excès qui rend cette femme très-malheureuse.

Vous avez une autre qualité très-rare , et surtout dans unefemme ; vous n’êtes nullement envieuse : vous rendez justice,avec la satisfaction la plus vraie , aux agrémens et aux bonnesqualités de toutes les femmes que vous connaissez ; vous la ren-dez même à votre ennemie , dans ce qu’elle peut avoir soit debon et d’estimable , soit d’agréable et de piquant.

Cependant, car il ne faut pas vous flatter, même en disantdu bien de vous , cette bonne qualité, toute rare qu’elle est, estpeut-être moins louable en vous qu’elle ne le serait en beaucoupd’autres. Si vous n’êtes point envieuse , ce n’est pas précisémentparce que vous trouvez bon que d’autres personnes aient survous les mêmes avantages ; c’est qu’après avoir bien regardé au-tour de vous , tous les êtres existans vous paraissent égalementà plaindre, et qu’il n’y en a aucun dont vous voulussiez changerla situation contre la vôtre. S’il y avait ou si vous connaissiez unêtre souverainement heureux, vous seriez peut-être très-capablede lui porter envie ; et on vous a souvent ouï dire qu’il était justeque les personnes qui ont de grands avantages eussent de grandsmalheurs, pour consoler ceux qui seraient tentés d’en être jaloux.Ne croyez pas cependant que votre peu de jalousie cesse d’êtreune vertu , quoique le principe n’eu soit point aussi pur qu’ilpourrait l’être ; car , combien y a-t-il de gens qui ne croient pasque personne soit heureux , qui ne voudraient être à la place depersonne, et qui ne laissent pas d’être jaloux ?

Votre éloignement pour la méchanceté et l’envie suppose envous une âme noble ; aussi la vôtre l’est-elle à tous égards :quoique vous désiriez la fortune, et que vous en ayez besoin,vous êtes incapable de vous donner aucun mouvement pourvous la procurer ; vous n’avez pas même su profiter des occa-sions les plus favorables que vous avez eues pour vous faire unsort plus heureux.

Non-seulement vous avez l’Ame très-élevée, vous l’avez encoretrès-sensible ; mais cette sensibilité est pour vous un tourmentplutôt qu’un plaisir ; vous êtes persuadée qu’011 ne peut être heu-reux que par les passions , et vous connaissez trop le dangerdes passions pour vous y livrer. Yons n’aimez donc qu’autant