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Tome troisième.
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7 3B SUR LA TOMBE

fondement tristes quand ils sont seuls avec eux-mêmes , mais quela société croit gais, parce que le moment où ils se trouvent avecles autres hommes, est le seul momentsupportable dont ils jouis-sent- J’ai beau lire les philosophes , et chercher à me soulagerpar cette froide et muette conversation , j’éprouve, comme mel’écrit un grand roi, que les maladies de l’àme n’ont point d’au-tres remèdes que des palliatifs, et je finis par me répéter tris-tement ce que disent ces philosophes , que le vrai soulagementà nos peines , c’est l’espoir de n’avoir plus qu’un moment à vivreet à souffrir. Cette pensée n’est pas consolante ; mais c’est unmoyen que la nature nous donne , comme le dit encore si bience même roi , pour nous détacher de cette vie que nous sommesobligés de quitter. La philosophie , ma chère Julie , par lés res-sources même qu’elle nous offre , nous fait souvenir cruellementde ce qui nous manque; et par l’effort même qu’elle fait pournous consoler , nous avertit combien nous sommes malheureux.Elle s’est donné bien de la peine pour faire des traités de la vieil-lesse et de l’amitié , parce qué la nature fait toute seule les traitésde la jeunesse et de l’amour. Les maximes des sages , leurs con-solations et leurs livres , me rappellent à tout moment le mot dusolitaire , qui disait aux personnes dont il recevait quelquefoisla visite : Vous voyez un homme presque aussi heureux que s’ilétait mort. Je suis comme cette femme qui voulait, en dépitd’elle-même , devenir dévote, ne pouvant plus être autre chose,et qui tâchait en vain d’y parvenir : Ils me font lire , disait-elle ,des livres de dévotion ; je m’en excède, je m’en bourre, et toutme reste sur l’estomac. Voilà où j’ensuis réduit, ma chère Julie;les lettres que je reçois d’un grand roi, le baume qu’il veut bienessayer de mettre sur mes plaies, sa philosophie pleine de bonté ,de sentiment et d’intérêt, tout cela , comme il l’avoue lui-même ,est bien faible pour me guérir. Je me dis sans cesse en lisant ceslettres , et après les avoir lues : Ce grand prince a raison , et jecontinue à m’affliger. Ma vanité n’est plus flattée comme elle l’aété tant de fois , de l’amitié du plus grand monarque du siècle;cette amitié ne me touchait, ma chère Julie , que par l’intérêtque vous y preniez ; l’espèce d’éclat qu’elle répandait sur moi,m’était cher par le sentiment qui vous la faisait partager , et j’é-prouve , en gémissant, que ce vers tant répété n’est pas toujoursvrai :

Avant l’amour, l’amonr-propre était ne.

Et vous, ma chère madame Geoffrin, digne et respectableamie, qui êtes à présent étendue sur ce lit de mort dont peut-être vous ne sortirez jamais ; vous que toutes les âmes honnêtes