NOTE
SUR LA STATUE DE VOLTAIRE.
En 1770, une société très-nombreuse de gens de lettres formale projet d’élever une statue à l’auteur de la Henriade et de tantd’autres ouvrages immortels ; hommage que ce grand hommeméritait de recevoir de son vivant.
Cette statue lui fut en effet érigée avec cette inscription :
A Voltaire, par les gens de lettres ses compatriotes et sescon temporains 1 .
Ceux qui avaient formé le projet de ce monument, désirèrentque le roi de Prusse , si respecté de tous ceux qui cultivent leslettres , si digne appréciateur des rares talens de cet illustreécrivain , si célèbre enfin lui-même par son génie , par ses vic-toires et par ses ouvrages, voulût bien permettre que son augustenom fût à la tête des souscripteurs.
D’Alembert, qui avait reçu de ce grand prince les marquesde bonté les plus signalées, eut l’honneur de lui écrire à cesujet, et voici la réponse qu’il en reçut. Que ne peut-elle êtregravée au bas de la statue de Yoltaire ! elle serait encore plushonorable pour lui que la statue même.
A Sans-Souci, le a8 juillet 1770.
« Le plus beau monument de Yoltaire , est celui qu’il s’est» érigé lui-mêrne, ses ouvrages ; ils subsisteront plus long-temps» que la basilique de St.-Pierre , le Louvre, et tous ces bâtimens» que la vanité consacre à l’éternité. On ne parlera plus fran-» çais, que Yoltaire sera encore traduit dans la langue qui lui» aura succédé. Cependant , rempli du plaisir que m’ont fait« ses productions si variées, et chacune si parfaite en son genre,» je ne pourrais , sans ingratitude , me refuser à la proposition» que vous me faites, de contribuer au monument que lui érige» la reconnaissance publique. Yous n’avez qu’à m’informer de
‘ Cette statue est l’ouvrage du célèbre Pigalle. La tète est pleine d'enthou-siasme, et l’attitude de noblesse , de mouvement et d’expression. II serait àsouhaiter que l’artiste, trop attache' à l’idèc de représenter un vieillard, n’eùtpas fait du corps une espèce de squelette, que les connaisseurs regardent ;t lavérité comme un chcf-d’oeuvrc de sculpture, mais qui paraît peu agréable aucommun des spectateurs.