NOTE SUR LA STATUE DE VOLTAIRE. 741
» ce qu’on exige de ma part, je ne refuserai rien pour cette» statue 1 , plus glorieuse pour ceux qui l’élèvent que pour Vol-» taire même. On dira que dans ce dix-huitième siècle, où» tant de gens de lettres se déchiraient par envie , il s’en est» trouvé d’assez nobles, d’assez généreux, pour rendre justice» à un homme doué de génie et de talens supérieurs à tous les» siècles; que nous avons mérité de posséder Voltaire ; et la» postérité la plus reculée nous enviera encore cet avantage.
» Distinguer les hommes célèbres , rendre justice au mérite ,
» c’est encourager les talens et les vertus ; c’est la seule récom-» pense des belles âmes ; elle est bien due à tous ceux qui cul-» tivent supérieurement les lettres ; elles adoucissent les mœurs» les plus féroces, elles répandent leur charme sur tout le cours» de la vie , elles rendent notre existence supportable , et la» mort moins affreuse. Continuez donc, messieurs , de protéger» et de célébrer ceux qui s’j appliquent, et qui ont le bonheur» en France d’y réussir. Ce sera ce que vous pourrez faire de» plus glorieux pour votre nation 3 . »
L’Académie Française, ayant entendu la lecture de cettelettre , arrêta , d’une voix unanime , qu’elle serait insérée dansses registres, comme un monument également honorable pourVoltaire et pour la littérature française. Toute l’Europe est au-jourd’hui instruite de l’hommage que cette compagnie vient derendre au rare génie qu’elle a perdu , en proposant son éloge,avec un prix double , pour le sujet du prochain concours depoésie.
La mort de Voltaire a été honorée des plus sensibles regretspar le même prince qui lui a marqué tant d’estime pendant savie. « Quelle perte irréparable pour les lettres , a écrit ce mo-» narque 3 , et que de siècles s’écouleront peut-être, sans pro-
» duire un tel génie !.S’il fût retourné à Ferney, peut-
» être serait-il encore.Il vivra à jamais , il est vrai, par
« son génie et par ses ouvrages ; mais j’aurais désiré qu’il eût» pu être encore long-temps le témoin de sa gloire !.Il a du
‘ D’Alembert, à qui la lettre était adressée, répondit à cette ofl're du roi :« Votre majesté desire de savoir ce que nous demandons pour ce monument.» Un écu, sire, et votre nom. » Ce prince a donné une somme considérable.
1 On ne se permet pas de transcrire ici ce que la lettre contenait tle tropflatteur pour celui h qui elle était adressée, ün se contentera de rapporter laréponse qu’il y fit : « Quant à moi, sire, <’i qui votre majesté a la bonté deu parler aussi de statue, je n’ai pas rimpertinente vanité de croire mériter» jamais un pareil monument; je ne veux qu’une pierre sur ma tombe, avec» ces mots :
a f.e grand Uredéru: t'honora de ses bontés et de ses bienfaits, a
’ Lettre du i5 juin iç'8.