AVEC VOLTAIRE. 77
plaît, riez-en tout seul , et n’allez pas en écrire à Paris , commevous avez fait de ce que je vous ai mandé au sujet des parrainsde l’archidiacre. L’abbé d’OIivet me dit , l’autre jour, à l’Acadé-mie , d’un ton cicéronien : Vous êtes unfripon : vous avez écrità Genève que f avais molli dans l’affaire de Trublet. Je niai lefait, à la vérité assez faiblement. 11 me répondit qu’il en avait lapreuve dans sa poche , et je ne lui demandai point à la voir , jecraignais d’être trop confondu. Peu m’importe d’avoir des tra-casseries avec d’OIivet et même avec d’autres ; mais il vaut encoremieux n’en pas avoir. C’est pourquoi si vous voulez savoir les nou-velles de l’école, promettez-moi que vous ne me vendrez plus , etcommencez par ne pas parler de ceci, même à d’OIivet.
Je suis sûr ,'au moins autant qu’on le peut être, que le surin-tendant de la reine a nommé Saurin ; mais il est vrai que je nelui ai parlé que la veille de l’élection, et il se pourrait bienqu’avant ce temps-là il en eût servi un autre; c’est ce que je nesais pas assez positivement pour pouvoir vous l’assurer. Aprèstout, c’est ce qu’il est fort peu important d’approfondir ; parmalheur , le vin et Trublet sont tirés, ilfaut les boire.
Nous recevons aujourd’hui l’évêque de Limoges qui ne saitpas lire, et Batteux qui ne sait pas écrire; mais en revanchenous avons un directeur qui sait lire et écrire , qui s’en piquedu moins. Je m’attends à un grand déluge d’esprit, et je croisqu’il faudra qu’on me tienne, comme à Rémond de Saint-Mard,la tête bien ferme. A lundi prochain la réception de l’archidia-cre , qui évoquera sûrement l’ombre de Fontenelle , et à qui ledirecteur fera apparemment compliment sur ses bonnesfortunes ;car il prétend en avoir eu beaucoup par le confessionnal et parla prédication.
Nous avons encore une place vacante à l’Académie; mais cene sera pas, je crois, pour Marmontel. M. le duc d’Aumontfait peur à ces messieurs. Yous devez jugerpar là qu’ils ne sontpas fort braves. Ainsi nous aurons eu sept places vacantes à lafois, et nous n’aurons pas choisi le seul homme qu’il nous con-venait de prendre. Je ne ferai qu’en rire ( car il n’j a que celade bon ) , tant qu’ils n’iront pas jusqu’à l’avocat sans cause, au-teur des Cacouacs ; car pour lors cela passerait la raillerie , etje pourrais bien les prier de nommer Chaumeix ou Orner à maplace , surtout si vous vouliez en même temps donner la vôtre àfrère Bertbier.
Je viens à Jean-Jacques , non pas à Jean-Jacques Le Francde Pompignan, qui pense être quelque chose, mais à Jean-Jac-ques Rousseau , qui pense être cynique, et qui n’est qu’incon-séquent et ridicule. Je veux qu’il vous ait écrit une lettre im-