78 CORRESPONDANCE
pertiente, je veux que vous et vos amis vous ayez à vous ehplaindre ; malgré tout cela , je n’approuve pas que vous vous dé-clariez publiquement contre lui comme vous faites ; et je n’auraisur cela qu’à vous répéter vos propres paroles : Que deviendrale petit troupeau, s’il est désuni et dispersé? Nous ne voyonspoint que ni Platon , ni Aristote , ni Sophocle , ni Euripide aientécrit contre Diogène , quoique Diogène leur ait dit à tous desinjures. Jean-Jacques est un malade de beaucoup d’esprit, et quin’a d’esprit que quand il a la fièvre. Il ne faut ni le guérir nil’outrager.
A propos, j’oubliais de vous demander si vous avez reçu unmémoire que j’ai fait sur l’inoculation , et dans lequel je croisavoir prouvé , non que l’inoculation est mauvaise , mais que sespartisans ont assez mal raisonné jusqu’ici, et ne se sont pasdouté de la question. Ce mémoire très-clair , à ce que je crois,et très-impartial, a été lu il y a six mois à une assemblée pu-blique de l’Académie des sciences , et m’a paru avoir fait beau-coup d’impression sur les auditeurs. On vient d’imprimer dansune gazette, à la vérité assez obscure, qu’un médecin de Cler-mont en Auvergne, ayant inoculé son fils, le fils est mort del’inoculation, et que le père est mort de chagrin. Ce fait, s’ilest vrai, serait très-fâcheux contre l’inoculation, quoiqu’au fondil ne soit pas décisif. Adieu, mon cher confrère; je ne vousécrirai pourtant plus de VAcadémie Française ; je crains qu’ilne faille dire bientôt de ce titre-là ce que Jacques Rostbif ditdu nom de monsieur : Jl y a trop de faquins qui le portent.Adieu.
Pontoise, 9 juillet 1561.
J’ai reçu , mon cher philosophe , votre petit billet, en partantpour la campagne. Il est vrai que je suis un peu en retard avecvous ; prenez-vous-en à un gros livre de géométrie , tout pleinde calculs, que je fais imprimer actuellement, et dont j’espèreêtre bientôt débarrassé. Je ne sais pas de la part de qui vousm’avez envoyé le Grizel ; ce Grizel est un drôle de corps. SiM e . Huerne avait aussi bien plaidé , les rieurs auraient été pourlui; mais ni M e . Huerne, ni M°. Le Dain, ni M°. Orner, nesont faits pour avoir les rieurs de leur côté. Les jésuites mêmene les ont plus depuis qu’ils se sont brouillés avec la philoso-phie ; ils sont à présent aux prises avec les pédans du parlement,qui trouvent que la société de Jésus est contraire à la sociétéhumaine, comme la société de Jésus trouve de son côté quel’ordre du parlement n’est pas de l’ordre de ceux qui ont le sens