121
AVEC VOLTAIRE,cette conviction et réunion universelle, mais qu’il faut sacrifierquelques passagers pour amener tout le reste à bon port.
Voilà, mon cher et grand philosophe, sauf votre meilleuravis, comment je voudrais plaider notre cause commune. Jetravaille en mon petit particulier, et selon mon petit esprit(pro mentula mea, comme disait un savant et humble capucin),à donner delà considération au petit troupeau. Je viens de faireentrer dans l’académie de Berlin Helvétius et le chevalier deJaucourt. J’ai écrit à votre ancien disciple les raisons qui me lefaisaient désirer, et la chose a été faite sur-le-champ ; car cetancien disciple est plus tolérant et plus indifférent que jamais.Je voudrais seulement qu’il prît le temple de Jérusalem un peuplus à cœur.
J’ai lu et je sais par cœur Macare et Théleme ; cela est char-mant, plein de philosophie, de justesse , et conté à ravir. Onnous dira comme M. Thibaudois : Conte-moi un peu, conte;et je veux que tu me contes, etc. C’est bien dommage que vousvous soyez avisé si tard de ce genre dans lequel vous réussissezà ravir comme dans tant d’autres. Ce n’est pourtant pas que jen’aie entendu faire de belles critiques de ce charmant ouvrage,à des gens qui à la vérité sont un peu difficiles, excepté sur lesfeuilles de Fréron. Ce sont pourtant des gens que vous louez( la marquise du Deffant) , que vous croyez de vos amis, à quivous écrivez , et même en prose et en vers : je vous laisse à de-viner; mais si vous devinez juste, ne me trahissez pas, et faites-en seulement votre profit.
A propos de lettres , vous en avez écrit une charmante auprince Louis qui en est ravi; il la montre à tout le monde; eten vérité il mérite ce que vous lui dites, par la manière dont ilse conduit avec les gens de lettres.
Nosseigneurs du parlement travaillent à force leurs grosses etpesantes remontrances sur le mandement de l’archevêque deParis en faveur des jésuites : cela est bien long, et surtout bienimportant. On prétend pourtant que l’elfet. de ces remontrancessera d’expulser les frères jésuites de Versailles, et peut-être duroyaume : je leur souhaite à tous un bon voyage. Leur amiCaveirac , auteur de 1 ’Apologie de la Sainl-Barthélemi, a faiten leur faveur un oiyvrage forcené qui a pour titre : Il est tempsde parler ; je crois qu’on y répondra par : Il est temps departir. Notez que ce Caveirac, qui écrit pour de l’argent, a au-trefois fait des factums contre le P. Girard en faveur de LaCadière : ainsi sont faits ces marauds-là.
Adieu , mon cher maître. Vous me conseillez de rire, j’yfais de mon mieux, et je vous assure que j’ai bien de quoi. Je