i22 CORRESPONDANCE
ne sais de quel côté le vent tournera pour l’auteur des QuatreSaisons ; mais si son ambition se borne à faire le saint chrêmeet à donner la confirmation , je le trouve bien modeste pour uncardinal philosophe. J’aimerais mieux qu’il donnât un souffletau fanatisme en l’expulsant , qu’à ses diocésains en les confir-mant. Adieu , encore une fois ; je vous embrasse et vous révère.Vous prétendez que mes lettres vous amusent; je vous répon-drai comme le feu médecin Dumoulin , grand fesse-mathieude son métier : Mes enfans, disait-il à ses héritiers , vous n’au-rez jamais autant de plaisir à dépenser l’argent que je vouslaisse, que j’en ai eu à l’amasser.
Palis, a mars 1764.
Je n’ai ni lu ni aperçu , mon cher et illustre maître, cet ou-vrage ou rapsodie de Crévier, dont vous me parlez, et j’enignorerais l’existence , si vous ne preniez la peine de m’écrirede Genève qu’un cuistre , dans son galetas , barbouille du pa-pier à Paris. Vous êtes bien bon de le croire digne de votrecolère, et même delà mienne qui ne vaut pas la vôtre. Que vou-lez-vous qu’on dise à un homme qui, parlant dans sou Histoireromaine d’un cordonnier devenu consul , dit, à ce qu’on m’aassuré , que cet homme passa du tranchet aux faisceaux ? ilfaut l’envoyer écrire chez son compère le savetier , les sottisesqu’il se chausse dans la tête ; voilà tout ce qu’on y peut faire.Sérieusement ce livre est si parfaitement ignoré , que ce seraitlui donner l’existence' qu’il n’a pas que d’en faire mention , et jevous dirai comme le valet du joueur :
.Lai,SSCI-]e aller;
Que feriez-vous, monsieur, du nez d’un marguillier?
11 est vrai que cette canaille janséniste, dont Crévier fait gloire-d’etre membre, devient un peu insolente depuis ses petits ougrands succès contre les jésuites : mais ne craignez rien, cettecanaille ne fera pas fortune ; le dogme qu’ils prêchent et la mo-rale qu’ils enseignent sont trop absurdes pour étrenner. La doc-trine des ci-devant Jésuites était bien plus faite pour réussir; etrien n’aurait pu les détruire s’ils n’avaient pas été persécuteurset insolens. Les voilà qui font tous leurs paquets plutôt que designer ; cela est attendrissant. Les jansénistes sont un peu dérou-tésde leur voir tantd e conscience, dont ils ne les soupçonnaientpas. J’ai écrit en m’amusant quelques réflexions fort simplessur l’embarras où les jésuites se trouvent entre leur souverainet leur général. Le but de ces réflexions est de prouver qu’ils